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Neumann – La politique pour les surdoués : le cas Macron

Emmanuel Macron est un phénomène. Inconnu du grand public il y a un peu plus de deux ans, il est, à 39 ans, l’un des prétendants les plus sérieux à l’élection présidentielle – même si les sondages le disent aujourd’hui éliminé dès le premier tour. Dans tout autre domaine, on dirait qu’on est en présence d’un surdoué. La politique en a connu quelques-uns avant lui (Giscard, Fabius…), mais aucun n’avait à ce point défié toutes les règles de l’apesanteur politique. Jamais élu, il choisit comme première campagne la mère des batailles électorales : la présidentielle. Et encore s’y présente-t-il sans aucune formation politique. Sans même la certitude, au cas où il l’emporterait, de pouvoir s’appuyer sur une majorité stable à l’Assemblée. Du jamais-vu.

Un phénomène de communication ? C’est indéniable. Une vingtaine de couvertures de magazines en quelques mois, un livre édité à 200 000 exemplaires, une agence de communication à son service, une photographe attitrée, une dizaine de personnes dédiées à sa stratégie numérique et aux réseaux sociaux, un producteur de télévision qui prépare un documentaire sur sa campagne, des porte-parole disponibles 24h/24 pour prêcher le macronisme… L’homme a tout compris des codes contemporains de l’image. Ses adversaires diront que c’est une bulle ou même, suprême insulte, qu’il est le candidat des médias – le pire handicap qui soit si l’on pense au sort réservé par les électeurs à Édouard Balladur en 1995, à Lionel Jospin en 2002, à Nicolas Sarkozy en 2012 ou, plus près de nous, à Alain Juppé.

Moi, j’ai pris tous les risques en quittant le gouvernement

Un phénomène politique ? Assurément. Macron n’a pas son pareil – du moins jusqu’à présent – pour déjouer les pièges que lui tendent ses adversaires et pour contrer les traditionnels coups bas d’une campagne. En quelques mois, il a déjà eu droit au coup du redressement fiscal, aux rumeurs sur sa vie privée et même aux menaces sur les parlementaires socialistes qui s’aviseraient de soutenir sa candidature. En vain.

Lui colle-t-on l’étiquette du traître qu’il la décolle aussi vite. Nommé par François Hollande secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis ministre de l’Économie, il quitte le gouvernement pour défier son mentor – qui, du coup, renonce à se présenter –, mais c’est Manuel Valls, grâce aux vacheries savamment distillées par certains hollandais, qui hérite du mistigri et devient, aux yeux d’une partie de la gauche, le Brutus de César-Hollande. Chapeau l’artiste !

Qualifie-t-on son mouvement créé ex nihilo, « En marche ! », de coquille vide qu’il s’empresse de réunir Porte de Versailles, dans une salle pleine comme un œuf, quelque 12 000 fans survoltés – quand François Fillon, lui, en avait rassemblé à peine 7 000 !

Lui reproche-t-on de ne pas participer à la primaire de la gauche de peur de la perdre qu’il rétorque aussitôt : « Je n’ai peur de rien. » La preuve : « Moi, j’ai pris tous les risques en quittant le gouvernement. » Imparable.

Lui fait-on remarquer que son livre, Révolution, est dépourvu de tout programme, de toute mesure concrète, qu’il égrène chaque jour les propositions nouvelles : suppression des cotisations salariales sur le chômage et la maladie contre une augmentation de la CSG, durée du temps de travail renvoyée aux accords d’entreprises et aux accords de branches, plafonnement des indemnités prudhommales… Bref, la loi El Khomri première mouture telle que Macron en rêvait. Oui, mais c’est Manuel Valls qui se traîne le « 49.3 » tel le sparadrap du capitaine Haddock.

Il a atteint son premier objectif : séduire

Compare-t-on ses idées au programme libéralo-austéritaire de François Fillon qu’il répond : avec moi, aucun déremboursement de médicaments ; moi, je préserverai les minima sociaux…

Et ça marche ! Emmanuel Macron, l’homme neuf de cette campagne, a brillamment atteint son premier objectif : séduire. Et bien au-delà des traditionnelles frontières partisanes. Il lui reste à accomplir le plus difficile : convaincre. Convaincre qu’il a les épaules pour exercer le job, la carrure pour se mesurer à Trump, Poutine ou Erdogan, l’expérience nécessaire pour faire face à la menace terroriste. Convaincre qu’il a les bonnes réponses à la question migratoire, à la crise européenne, au chômage de masse. Bref, que le jupitérien Macron est l’homme idoine, sinon providentiel, pour protéger les Français.

En attendant, il rêve que les électeurs à la primaire de gauche lui fassent, avec retard, le 29 janvier prochain, le plus beau des cadeaux de Noël : qu’ils désignent le candidat le plus à gauche possible, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon ou, mieux encore, Benoît Hamon. N’importe qui, sauf Manuel Valls. Inutile de préciser que François Fillon, lui, rêve du contraire.

Attentat de Nice : polémique entre Mediapart et Christian Estrosi

Dans une enquête publiée vendredi 23 décembre, Mediapart charge le président Les Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Depuis les attentats du 14 juillet qui ont fait 86 morts à Nice, celui-ci pointe du doigt la responsabilité du gouvernement, mettant en cause, notamment, les effectifs de la police nationale. Mais, comme le démontrent les photos publiées par Libération le 21 juillet, la circulation était assurée par des policiers municipaux, et non nationaux. Un dispositif sécuritaire qui correspond à une convention signée en 2013 entre le préfet des Alpes-Maritimes et le maire de Nice d’alors, Christian Estrosi, d’après Mediapart. Pas une fois l’ancien ministre n’a fait savoir que ce dispositif était celui prévu lors des réunions préparatoires, auxquelles il n’a d’ailleurs pas assisté.

Vidéosurveillance inutile

L’ancien maire de Nice qui a installé dans sa ville un centre de supervision urbain qui regroupe 1 257 caméras avait avancé peu après les attentats de Charlie Hebdo que « si Paris avait été équipé du même réseau – de vidéosurveillance – que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés ». Mais, comme l’explique Mediapart, le système de vidéosurveillance n’a été d’aucune utilité pour prévenir l’attentat très meurtrier qui a eu lieu le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais. Un camion blanc de 19 tonnes a fauché des piétons venus admirer le feu d’artifice sur la promenade, faisant 86 morts. Le conducteur du camion, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a pu, malgré les importants dispositifs de sécurité déployés, circuler onze fois sur la promenade des Anglais pour calculer et peaufiner sa trajectoire.

Dernier passage la veille en soirée

L’arrêté municipal datant de septembre 2014 interdit la circulation des véhicules de plus de 3,5 t dans la ville. Soit des véhicules six fois moins gros que le camion de 19 tonnes qui a pourtant circulé sur la promenade à plusieurs reprises en toute impunité, Mediapart retrace ces passages. Le premier repérage a lieu trois jours avant le drame. Le 11 juillet 2016, peu avant 10 heures du matin, le camion s’engage sur la promenade des Anglais, feux de détresse allumés comme s’il s’apprêtait à livrer des marchandises. Il monte pourtant sur le trottoir, enfreignant une seconde fois un arrêté, fait mine de se garer, et repart. Il repassera à quatre reprises sur la promenade des Anglais, le même jour, sans être inquiété. Rebelote le 12 juillet, où le chauffeur du camion se paie à nouveau le luxe de rouler sur le trottoir, accompagnant des joggeurs matinaux. De la cabine, il prend en photo l’intérieur de la pergola, qu’il dévastera deux jours plus tard. Le 13 juillet, après avoir vérifié qu’il était possible de passer sous la structure en fer forgé près de la pergola, le camion fera un dernier passage, dans le courant de la soirée.

Pendant tout ce temps, le camion blanc sera filmé par les caméras de sécurité, qui font la fierté de l’ancien maire de Nice. Alors que Mohamed Lahouaiej Bouhlel enfreignait l’arrêté interdisant l’accès à la promenade aux véhicules de plus de 3,5 t, de même que celui interdisant à ces véhicules de monter sur le trottoir, et qu’il était filmé en train de le faire, il ne sera pas inquiété. Le 14 juillet, il se joint, en début de soirée, aux 30 000 personnes attendues sur la promenade et sous la pergola, il y prendra quelques selfies, avant de monter à bord du camion blanc et de s’engager sur la promenade à 22 h 32, toujours sous l’œil des caméras. Mediapart a pu avoir accès à un lot de photos datant de septembre 2015 sur la promenade des Anglais. Sur l’une d’entre elles, sous la pergola, on reconnaît bien l’ancien maire de Nice, tout sourire, posant aux côtés de celui qui ôtera la vie à 86 personnes un an plus tard.


Mediapart publie un selfie pris par le terroriste avec Christian Estrosi le 14 juillet, soir de l’attentat.  © Médiapart

Contactés par Le Point.fr, Christian Estrosi et son entourage affirment que l’article de Mediapart est « une synthèse d’approximations dans le seul but de polémiquer ». Ils rappellent que « les images de la Ville de Nice ont été très utiles pour l’avancée de l’enquête ». Christian Estrosi soutient, par ailleurs, qu’il ne « laissera pas remettre en cause la compétence de ses agents de police municipale qui sont d’un dévouement sans bornes et d’une grande compétence ». La Ville de Nice et Christian Estrosi ont décidé de porter plainte en diffamation contre le site.

Fillon : le supplice des juppéistes

Cela fait partie des perversions des primaires : défendre ce qu’on a démoli hier, si possible avec la même conviction, quand son propre candidat a été défait. François Fillon, qui a recomposé ses équipes de campagne en y intégrant les « battus », n’a pas rendu le meilleur service qui soit à Benoist Apparu en le nommant porte-parole. L’ancien supporteur d’Alain Juppé était interrogé sur BFM TV et RMC mercredi matin. Le député-maire de Châlons-en-Champagne a dû sortir les longues rames pour défendre les choix fillonesques qu’il avait âprement combattus jusqu’ici…

Exemple : la réduction de 500 000 fonctionnaires en 5 ans promise par François Fillon. On se souvient qu’Alain Juppé et son équipe expliquaient à qui voulait l’entendre que cette promesse était intenable… Apparu est obligé de se tortiller pour répondre : « Pendant la primaire, on a eu un débat. Certains étaient pour 250 000, c’était la position d’Alain Juppé. François Fillon disait : Il faut aller beaucoup plus loin si on veut massivement réduire les déficits. Et donc, il propose 8 % de fonctionnaires français. Je crois que c’est difficile à faire, mais je pense que c’est possible. »

Le boomerang des fonctionnaires

On a connu meilleur porte-parole ! Mais retrouvons ce que Benoist Apparu disait de cette mesure le 23 novembre 2016 à nos confrères de Paris Match : « François Fillon souhaite supprimer 500 000 fonctionnaires en cinq ans. Il explique qu’il pourra le faire en les faisant travailler 39 heures au lieu de 35 heures. Mathématiquement, c’est jouable. En revanche, comment financera-t-il les 20 milliards d’euros que lui coûteront ces heures de travail supplémentaires ? À moins qu’il ne dise qu’il n’entend pas payer plus les fonctionnaires. Un coup à jeter 5 millions de personnes dans la rue… »

Finalement, devenu porte-parole de Fillon, Benoist Apparu reprend les éléments de langage du camp Fillon sur BFM TV : il y aura une négociation fonction publique par fonction publique pour parvenir à un accord salarial et on ne touchera pas aux effectifs des fonctions régaliennes (police, gendarmerie, etc.). Dans le détail, ce qui a été raté dans la gestion de la fonction publique, c’est le passage des communes aux intercommunalités. Au lieu d’en profiter pour écrémer les effectifs, les collectivités locales ont souvent doublonné les postes. C’est donc, au sein des communes, qu’il faudra ne pas remplacer les fonctionnaires partant à la retraite du moment que l’intercommunalité est en mesure d’assurer le service. Il faut s’attendre néanmoins à un mouvement d’humeur des maires si Fillon devait remporter la présidentielle et mettre en œuvre son programme.

Benoist Apparu n’en a pas fini avec les virages sur l’aile comme porte-parole. En novembre, il déclarait plusieurs divergences à propos du candidat sorti vainqueur de la primaire : « Sa proximité avec Vladimir Poutine, son positionnement sur les valeurs sociétales et, notamment, sa volonté de remettre en cause l’adoption plénière pour les couples homosexuels. François Fillon défend des valeurs conservatrices. La France mérite un regard plus moderne, plus contemporain. Enfin, le député de Paris paraît léger sur les questions de sécurité. » Bon courage, Benoist Apparu ! Pour Noël, Alain Juppé serait bien inspiré de lui offrir un beau cadeau qu’on trouvera ici.

À la une ce samedi 17 décembre…

Primaire.Thomas Clay, président de la Haute Autorité des primaires citoyennes, annoncera les candidats officiels à la primaire à gauche à 12 heures 45. La primaire est prévue les 22 et 29 janvier. Neuf candidatures « sérieuses » se sont fait connaître auprès de la Haute Autorité des primaires citoyennes : celles des socialistes Manuel Valls, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Gérard Filoche et Fabien Verdier; de Sylvia Pinel (PRG), Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate) et François de Rugy (Parti écologiste). Selon des sources socialistes, Gérard Filoche pourrait voir la sienne invalidée, tout comme Fabien Verdier, secrétaire national du PS chargé du pôle « production et répartition des richesses ».

Anniversaire. Le pape François célèbre ses 80 ans avec une messe à 7 heures GMT en présence de nombreux cardinaux. C’est une étape symbolique dans ce pontificat réformateur au ton nouveau qui séduit le grand public et indispose une frange conservatrice de l’Église. Le Vatican a mis en place des adresses mail spéciales en huit langues pour souhaiter un bon anniversaire au pape. En français, l’adresse sera PapeFrancois80@vatican.va, a précisé le Vatican en donnant aussi des adresses en latin, anglais, italien, espagnol, portugais, allemand et polonais, ainsi que le mot-clé #Pontifex80 pour les réseaux sociaux. Né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio a été élu 266e pape de l’Église catholique le 13 mars 2013, succédant à Benoit XVI qui avait démissionné quelques semaines plus tôt.

Élection. Miss France 2016 remet sa couronne en jeu : trente prétendantes de 18 à 24 ans se disputeront le titre de reine de beauté 2017 en direct sur TF1. Organisée à Montpellier (Hérault), la cérémonie sera animée comme d’habitude par Jean-Pierre Foucault, dans un nouveau décor sous le signe de Noël. À égalité, le jury et les téléspectateurs désigneront les cinq finalistes parmi douze candidates sélectionnées par les organisateurs. Les téléspectateurs auront toutefois le dernier mot pour désigner la lauréate et ses deux dauphines, en votant par téléphone et SMS. Le concours a été remporté en 2015 par Miss Nord-Pas-de-Calais Iris Mittenaere.

Détournements de fonds : l'ex-ministre, Henri de Raincourt mis en examen

Le sénateur Henri de Raincourt a été mis en examen jeudi dans l’enquête qui porte notamment sur les fonds qu’il a perçus des caisses du groupe de l’ex-UMP au Sénat, en plus de sa rémunération, y compris lorsqu’il était ministre sous Nicolas Sarkozy. Depuis novembre 2013, des juges financiers enquêtent sur des soupçons de détournements de fonds publics au Sénat au profit d’élus de droite. Convoqué devant un magistrat du pôle financier de Paris, le sénateur Les Républicains a été mis en examen pour « recel de détournements de fonds publics », a annoncé à l’Agence France Presse son avocat Antoine Beauquier.

Le site d’information Mediapart avait révélé que le sénateur de l’Yonne avait touché, en plus de sa rémunération, quelque 4 000 euros par mois de 2008 à 2011 du groupe de l’ex-UMP au Sénat. Des versements qui ont perduré après son départ du Sénat lorsqu’il est entré au gouvernement de François Fillon, à partir de juillet 2009, d’abord comme ministre des Relations avec le Parlement, puis de la Coopération de novembre 2010 à mai 2012. Henri de Raincourt conteste tout détournement. Pour son avocat, « il s’agit de fonds qui lui ont été versés en contrepartie de sommes qui lui étaient dues par le groupe auquel il appartenait au titre de remboursement de crédits d’assistant et d’indemnités de président de groupe ». En février 2015, l’élu avait admis avoir perçu ces fonds au titre de « remboursements » et affirmait que les sommes reçues lorsqu’il était ministre correspondaient à son activité antérieure en tant que sénateur.

« Doutes sérieux »

De son côté, la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique avait décidé de transmettre son cas à la justice en juillet dernier, au vu de « doutes sérieux » sur ses déclarations qui ne mentionnaient pas ces versements mensuels. Entendu également par le juge sur ces « faits d’omission de déclaration de patrimoine à la Haute Autorité et de blanchiment de ces sommes », le sénateur a finalement été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté dans cet autre volet, selon Me Beauquier. « Cette affaire met en cause une pratique ancienne, autorisée par le bureau du Sénat depuis 1988, qui consiste pour un sénateur à déléguer à son groupe une partie de ses crédits d’assistants qu’il n’utilise pas », a estimé l’avocat, soulignant l’autonomie financière des groupes parlementaires.

Les investigations sur des soupçons de détournements de fonds au Sénat avaient démarré en juillet 2012 après un signalement de la cellule antiblanchiment de Bercy, Tracfin. Après une enquête préliminaire, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire pour abus de confiance et blanchiment, avant d’élargir l’instruction aux soupçons de détournements de fonds publics. Ces dernières semaines, l’enquête a connu une accélération avec la mise en examen en novembre pour détournement de fonds du sénateur Jean-Claude Carle, ex-trésorier du groupe UMP, et de l’un de ses collaborateurs.

Fonds du groupe sénatorial

Les enquêteurs s’intéressent à des versements remis à des sénateurs, en plus de leur rémunération, depuis deux comptes du groupe UMP à la chambre haute, et par le biais de deux associations, l’Union républicaine du Sénat (URS) et le Cercle de réflexion et d’études sur les problèmes internationaux (Crespi). Toutes deux alimentées par des fonds du groupe sénatorial, et notamment pour l’URS, à hauteur de 400 000 euros entre 2009 et 2012, leur réelle utilité pose question aux yeux des enquêteurs. L’ancien secrétaire général de l’URS François Thual avait été le premier mis en examen, en juillet 2015. Il avait témoigné dans Le Monde sur l’existence d’un système de financement en cascade, un récit qu’il a confirmé à l’Agence France Presse : « j’avais pour habitude de tirer entre 5 000 et 6 000 euros par mois sur l’un des deux comptes de l’URS, que j’allais chercher à la banque et que je remettais ensuite au collaborateur de Jean-Claude Carle ».

Sécurité sociale : Fillon veut « un audit des comptes sociaux »

Depuis l’entre-deux-tours de la primaire, le programme santé de François Fillon suscite les critiques. Scepticisme à droite et opposition à gauche – jusqu’à être pris à partie lors du discours de politique générale du Premier ministre. François Fillon a dû réagir. Il a annoncé qu’il allait demander la réalisation d’un « audit des comptes sociaux » par des « experts indépendants » et a promis une « concertation » pour préciser son projet.

« Je vais demander à des experts indépendants de réaliser un audit des comptes sociaux parce qu’on entend tellement de choses qu’il faut maintenant un peu de vérité et un peu de clarté », a déclaré M. Fillon lors d’une visite à l’hôpital Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine). « J’organiserai ensuite avec mes amis parlementaires, dont beaucoup sont des médecins, une convention qui nous permettra de préciser le projet en étroite concertation avec les professionnels de la santé de tous les secteurs », a ajouté le candidat de la droite à la présidentielle de 2017.

Éteindre l’incendie

François Fillon était accompagné de Gérard Larcher, président du Sénat et président du comité politique du parti Les Républicains, de sa porte-parole santé, la généticienne Dominique Stoppa-Lyonnet, ainsi que de Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, et de Philippe Juvin, tous deux médecins. Acculé à s’expliquer sur son projet de réforme de l’Assurance maladie, y compris par son propre camp, François Fillon s’est livré ces derniers jours à un exercice d’équilibriste pour tenter d’éteindre l’incendie, assurant que la couverture des soins resterait « comme aujourd’hui », tout en appelant à des réformes. « Pas question de toucher à l’Assurance maladie et encore moins de la privatiser », a assuré le candidat à l’Élysée dans une tribune publiée mardi dans Le Figaro.

LIRE aussi : Coignard – François Fillon victime du rhume

L’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy avait mis le feu aux poudres en expliquant dans son programme vouloir « focaliser » l’assurance universelle sur des affections graves ou de longue durée (ALD) et l’assurance privée sur le reste. Dans son « projet pour la France », François Fillon avait déjà prévu d’engager « dès le début de mandat un audit des finances publiques pour faire toute la lumière sur l’ampleur inédite de la dégradation des comptes publics dont les Français hériteront du gouvernement actuel et auquel nous devrons faire face ».

Alep : Cazeneuve dénonce « des crimes de guerre, voire contre l'humanité »

« Je dénonce l’horreur de ces massacres et j’affirme que ceux qui les ont perpétrés auront à rendre compte, devant la communauté internationale, des crimes dont ils sont les auteurs », a déclaré Bernard Cazeneuve en préambule de sa déclaration de politique générale, devant l’Assemblée nationale. Mardi 13 décembre, le Premier ministre a dénoncé les « innombrables atrocités » et les « massacres » commis par le régime syrien contre des civils à Alep « avec l’appui » de la Russie, qui peuvent constituer des « crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité ». « Au moment où je vous parle, une tragédie humanitaire effroyable frappe la ville d’Alep et sa population civile », a-t-il déploré, citant « les femmes et les enfants d’Alep, (qui) après des mois de siège, fuient sous les bombes et sont les victimes d’innombrables atrocités ».

« Un cynisme et une cruauté inouïs »

« Selon divers témoignages, les hommes de moins de 40 ans sont arrêtés, enrôlés de force, parfois exécutés par l’armée syrienne, avec l’appui des forces favorables au régime de Bachar el-Assad, à commencer par la Russie », a-t-il affirmé. « Ces atrocités, qui peuvent être constitutives de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité, sont accomplies avec un cynisme et une cruauté inouïs », a fustigé le nouveau Premier ministre dans ce grand discours d’entrée en fonction, prononcé une semaine après sa nomination. « Jamais nous n’accepterons, au nom d’un prétendu réalisme, de nous allier aujourd’hui avec les responsables du martyre d’Alep », a-t-il lancé, visant implicitement le candidat de la droite François Fillon, favorable à un rapprochement avec Moscou sur le dossier syrien.

L’ONU s’est alarmée mardi de l’exécution présumée par des supplétifs du régime syrien de dizaines de civils, dont des enfants, dans la ville d’Alep que l’armée est sur le point de conquérir totalement. Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et d’artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d’Alep-Est et sont cantonnés, avec des dizaines de milliers de civils, notamment dans le grand quartier d’al-Machad.

Vincent Peillon, candidat pour Hollande

Il s’est lui aussi posé en candidat du rassemblement. Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education, a annoncé dimanche soir sur France 2 sa candidature à la primaire de la gauche. Il souhaite « rassembler » son camp, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron avec qui il considère pouvoir travailler. L’objectif? « Gagner la présidentielle ».

« Je n’avais pas prévu d’être (candidat) car je considérais que le président de la République devait porter les couleurs de son bilan, j’ai pris (la décision) le soir où il a fait son annonce » a affirmé M. Peillon, qui s’est posé en « candidat d’une éthique politique ». Soutenu par plusieurs députés – Patrick Mennucci, Eduardo Rihan Cypel, Patrick Bloche -, Vincent Peillon aurait le mérite, selon ses proches, d’être au « point d’équilibre » de la gauche.

« Aucun ennemi »

Il a rejeté tout téléguidage de sa candidature par d’autres socialistes ou une candidature qui servirait à un projet « tout sauf Valls » : « Ça n’a aucun sens. Je vous le dis très clairement, une décision comme celle-là, elle se prend dans la solitude de sa conscience, je n’ai aucun ennemi. »

« Je veux être le candidat du rassemblement, pour gagner. L’extrême droite elle est haute (…). Derrière un vernis social, c’est l’extrême droite la plus dure, celle qui a déshonoré notre pays », a accusé l’ancien député de la Somme. « Il y a en même temps la droite de M. Fillon, en train d’affirmer des choses d’une dureté incroyable, attaquer les fonctionnaires » a encore mis en garde le député européen.

Les critiques envers Hollande ? « Injustes »

Pour lui, les « jugements sur la personne et l’action » de François Hollande « sont injustes. Il y a un seul pays en Europe qui a maintenu sa cohésion sociale, son niveau de sécurité sociale, qui a créé des postes de fonctionnaires, qui a fait de nouvelles conquêtes de protection sociale (…) et en même temps on a réduit nos déficits, on a maintenu notre modèle social et même on l’a fait progresser », a vanté M. Peillon.

« Je crois que très vite les Français vont réapprécier la personne et le bilan » de l’actuel chef de l’Etat, a-t-il pronostiqué, tout en reconnaissant « erreurs » et « difficultés », par exemple une « majorité trop étroite ». « J’en parlerai ». Peillon a donné quelques coups de griffes à ses adversaires, assurant être « parti du gouvernement avant ceux qui peut-être n’ont pas l’air de vouloir souffrir leur propre bilan. »

Défense des 35 heures

Il a aussi défendu « le patrimoine commun des Français » et notamment les 35 heures, estimant que Emmanuel Macron, Manuel Valls mais aussi la droite « les avaient critiquées et maintenant les gardent ». « Nous sommes ceux qui avons amené des progrès », d’après lui.

« Il faut deux rassemblements: un premier rassemblement, la primaire (…), celui qui la gagnera nous le soutiendrons » mais aussi « à l’extérieur » avec « deux personnes que les Français apprécient et qui sont des personnes de valeurs », Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron avec lesquels « bien entendu » il compte travailler si il remportait la primaire prévue les 22 et 29 janvier.

Neumann – 2017, rien n'est écrit…

Manuel Valls a raison sur un point : rien n’est écrit et la présidentielle de 2017 est loin d’avoir livré son verdict. Ni pour François Fillon, pourtant auréolé de sa victoire sans appel à la primaire de la droite et du centre et que tant d’observateurs voient déjà à l’Élysée, ni pour Marine Le Pen qui se croit déjà qualifiée pour le second tour de la présidentielle. Même le destin de la gauche, si sombre à ce jour, n’est pas écrit.

Les derniers sondages indiquent qu’au premier tour Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Manuel Valls sont à égalité ou presque (14 % pour les deux premiers, 1…

Primaire – Bennahmias-de Rugy : bataille dans une cabine téléphonique

Jean-Luc Bennahmias, investi par l’Union des démocrates et écologistes (UDE), a annoncé mercredi avoir déposé sa candidature à la primaire de la gauche organisée par le PS. Son mot d’ordre : « reconstruire en France une majorité progressiste ». Jean-Luc Bennahmias, qui préside le Front démocrate et copréside l’UDE, est la troisième personnalité à officialiser sa démarche, après Arnaud Montebourg le 1er décembre et François de Rugy mardi. Le dépôt de la candidature de Benoît Hamon est, lui, attendu vendredi matin.

Pour ceux que la question écologiste intéresse mais qui sont peu familiers des bisbilles de cette turbulente petite famille politique, précisons que François de Rugy est l’un des membres fondateurs de l’UDE. Mais lui préside un autre parti : Écologistes ! Attention de ne pas les confondre. Difficile d’en savoir plus sur ce qui les distingue. Le site de l’UDE est en maintenance…


Capture d’écran du site de l’UDE le 7 décembre 2016.

Le seul vrai écologiste ?

Rappelons qu’interrogé par Le Monde sur ce qui distingue sa candidature de celle de Jean-Luc Bennahmias François de Rugy a été formel : « Ma candidature est écologiste. Je serai clairement le seul candidat à mettre l’écologie au cœur du projet de la gauche. » Alors qu’à 62 ans Jean-Luc Bennahmias souhaite, lui, trouver les clés pour « reconstruire une majorité progressiste » en brassant « au-delà de la gauche », dans un spectre allant « de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon » à celui de « Nathalie Kosciusko-Morizet à droite ». Parmi les idées-force qu’il affirme soutenir, un « revenu universel autour de 800 euros », l’introduction de « la proportionnelle » dans les scrutins, la mise en place d’un « objectif de développement durable, qui va de pair avec l’économie circulaire et ce qui a été fixé dans la COP21 », le respect de « l’exception culturelle française » ou encore la possibilité d’un « service civique obligatoire de six mois ou un an ».

En ce qui concerne François de Rugy, pas de programme sur son site qui rend compte de ses activités de député de Loire-Atlantique, mais cette réponse faite au Monde : « un objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2050 », la promesse d’une « baisse de 25 % » sur la facture énergétique des Français « grâce aux économies d’énergie », le vote obligatoire, le non-cumul des mandats, la proportionnelle à l’Assemblée nationale et « une vraie réforme de la décentralisation ». Enfin, M. de Rugy « souhaite faire du Parlement européen le cœur de la démocratie européenne ».

À vue de nez, rien de commun, donc, entre ces deux écologistes « de gouvernement ». Cela valait bien deux candidatures…