Auteur : admin4628

Détournements de fonds : l'ex-ministre, Henri de Raincourt mis en examen

Le sénateur Henri de Raincourt a été mis en examen jeudi dans l’enquête qui porte notamment sur les fonds qu’il a perçus des caisses du groupe de l’ex-UMP au Sénat, en plus de sa rémunération, y compris lorsqu’il était ministre sous Nicolas Sarkozy. Depuis novembre 2013, des juges financiers enquêtent sur des soupçons de détournements de fonds publics au Sénat au profit d’élus de droite. Convoqué devant un magistrat du pôle financier de Paris, le sénateur Les Républicains a été mis en examen pour « recel de détournements de fonds publics », a annoncé à l’Agence France Presse son avocat Antoine Beauquier.

Le site d’information Mediapart avait révélé que le sénateur de l’Yonne avait touché, en plus de sa rémunération, quelque 4 000 euros par mois de 2008 à 2011 du groupe de l’ex-UMP au Sénat. Des versements qui ont perduré après son départ du Sénat lorsqu’il est entré au gouvernement de François Fillon, à partir de juillet 2009, d’abord comme ministre des Relations avec le Parlement, puis de la Coopération de novembre 2010 à mai 2012. Henri de Raincourt conteste tout détournement. Pour son avocat, « il s’agit de fonds qui lui ont été versés en contrepartie de sommes qui lui étaient dues par le groupe auquel il appartenait au titre de remboursement de crédits d’assistant et d’indemnités de président de groupe ». En février 2015, l’élu avait admis avoir perçu ces fonds au titre de « remboursements » et affirmait que les sommes reçues lorsqu’il était ministre correspondaient à son activité antérieure en tant que sénateur.

« Doutes sérieux »

De son côté, la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique avait décidé de transmettre son cas à la justice en juillet dernier, au vu de « doutes sérieux » sur ses déclarations qui ne mentionnaient pas ces versements mensuels. Entendu également par le juge sur ces « faits d’omission de déclaration de patrimoine à la Haute Autorité et de blanchiment de ces sommes », le sénateur a finalement été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté dans cet autre volet, selon Me Beauquier. « Cette affaire met en cause une pratique ancienne, autorisée par le bureau du Sénat depuis 1988, qui consiste pour un sénateur à déléguer à son groupe une partie de ses crédits d’assistants qu’il n’utilise pas », a estimé l’avocat, soulignant l’autonomie financière des groupes parlementaires.

Les investigations sur des soupçons de détournements de fonds au Sénat avaient démarré en juillet 2012 après un signalement de la cellule antiblanchiment de Bercy, Tracfin. Après une enquête préliminaire, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire pour abus de confiance et blanchiment, avant d’élargir l’instruction aux soupçons de détournements de fonds publics. Ces dernières semaines, l’enquête a connu une accélération avec la mise en examen en novembre pour détournement de fonds du sénateur Jean-Claude Carle, ex-trésorier du groupe UMP, et de l’un de ses collaborateurs.

Fonds du groupe sénatorial

Les enquêteurs s’intéressent à des versements remis à des sénateurs, en plus de leur rémunération, depuis deux comptes du groupe UMP à la chambre haute, et par le biais de deux associations, l’Union républicaine du Sénat (URS) et le Cercle de réflexion et d’études sur les problèmes internationaux (Crespi). Toutes deux alimentées par des fonds du groupe sénatorial, et notamment pour l’URS, à hauteur de 400 000 euros entre 2009 et 2012, leur réelle utilité pose question aux yeux des enquêteurs. L’ancien secrétaire général de l’URS François Thual avait été le premier mis en examen, en juillet 2015. Il avait témoigné dans Le Monde sur l’existence d’un système de financement en cascade, un récit qu’il a confirmé à l’Agence France Presse : « j’avais pour habitude de tirer entre 5 000 et 6 000 euros par mois sur l’un des deux comptes de l’URS, que j’allais chercher à la banque et que je remettais ensuite au collaborateur de Jean-Claude Carle ».

Sécurité sociale : Fillon veut « un audit des comptes sociaux »

Depuis l’entre-deux-tours de la primaire, le programme santé de François Fillon suscite les critiques. Scepticisme à droite et opposition à gauche – jusqu’à être pris à partie lors du discours de politique générale du Premier ministre. François Fillon a dû réagir. Il a annoncé qu’il allait demander la réalisation d’un « audit des comptes sociaux » par des « experts indépendants » et a promis une « concertation » pour préciser son projet.

« Je vais demander à des experts indépendants de réaliser un audit des comptes sociaux parce qu’on entend tellement de choses qu’il faut maintenant un peu de vérité et un peu de clarté », a déclaré M. Fillon lors d’une visite à l’hôpital Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine). « J’organiserai ensuite avec mes amis parlementaires, dont beaucoup sont des médecins, une convention qui nous permettra de préciser le projet en étroite concertation avec les professionnels de la santé de tous les secteurs », a ajouté le candidat de la droite à la présidentielle de 2017.

Éteindre l’incendie

François Fillon était accompagné de Gérard Larcher, président du Sénat et président du comité politique du parti Les Républicains, de sa porte-parole santé, la généticienne Dominique Stoppa-Lyonnet, ainsi que de Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, et de Philippe Juvin, tous deux médecins. Acculé à s’expliquer sur son projet de réforme de l’Assurance maladie, y compris par son propre camp, François Fillon s’est livré ces derniers jours à un exercice d’équilibriste pour tenter d’éteindre l’incendie, assurant que la couverture des soins resterait « comme aujourd’hui », tout en appelant à des réformes. « Pas question de toucher à l’Assurance maladie et encore moins de la privatiser », a assuré le candidat à l’Élysée dans une tribune publiée mardi dans Le Figaro.

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L’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy avait mis le feu aux poudres en expliquant dans son programme vouloir « focaliser » l’assurance universelle sur des affections graves ou de longue durée (ALD) et l’assurance privée sur le reste. Dans son « projet pour la France », François Fillon avait déjà prévu d’engager « dès le début de mandat un audit des finances publiques pour faire toute la lumière sur l’ampleur inédite de la dégradation des comptes publics dont les Français hériteront du gouvernement actuel et auquel nous devrons faire face ».

Alep : Cazeneuve dénonce « des crimes de guerre, voire contre l'humanité »

« Je dénonce l’horreur de ces massacres et j’affirme que ceux qui les ont perpétrés auront à rendre compte, devant la communauté internationale, des crimes dont ils sont les auteurs », a déclaré Bernard Cazeneuve en préambule de sa déclaration de politique générale, devant l’Assemblée nationale. Mardi 13 décembre, le Premier ministre a dénoncé les « innombrables atrocités » et les « massacres » commis par le régime syrien contre des civils à Alep « avec l’appui » de la Russie, qui peuvent constituer des « crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité ». « Au moment où je vous parle, une tragédie humanitaire effroyable frappe la ville d’Alep et sa population civile », a-t-il déploré, citant « les femmes et les enfants d’Alep, (qui) après des mois de siège, fuient sous les bombes et sont les victimes d’innombrables atrocités ».

« Un cynisme et une cruauté inouïs »

« Selon divers témoignages, les hommes de moins de 40 ans sont arrêtés, enrôlés de force, parfois exécutés par l’armée syrienne, avec l’appui des forces favorables au régime de Bachar el-Assad, à commencer par la Russie », a-t-il affirmé. « Ces atrocités, qui peuvent être constitutives de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité, sont accomplies avec un cynisme et une cruauté inouïs », a fustigé le nouveau Premier ministre dans ce grand discours d’entrée en fonction, prononcé une semaine après sa nomination. « Jamais nous n’accepterons, au nom d’un prétendu réalisme, de nous allier aujourd’hui avec les responsables du martyre d’Alep », a-t-il lancé, visant implicitement le candidat de la droite François Fillon, favorable à un rapprochement avec Moscou sur le dossier syrien.

L’ONU s’est alarmée mardi de l’exécution présumée par des supplétifs du régime syrien de dizaines de civils, dont des enfants, dans la ville d’Alep que l’armée est sur le point de conquérir totalement. Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et d’artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d’Alep-Est et sont cantonnés, avec des dizaines de milliers de civils, notamment dans le grand quartier d’al-Machad.

Vincent Peillon, candidat pour Hollande

Il s’est lui aussi posé en candidat du rassemblement. Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education, a annoncé dimanche soir sur France 2 sa candidature à la primaire de la gauche. Il souhaite « rassembler » son camp, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron avec qui il considère pouvoir travailler. L’objectif? « Gagner la présidentielle ».

« Je n’avais pas prévu d’être (candidat) car je considérais que le président de la République devait porter les couleurs de son bilan, j’ai pris (la décision) le soir où il a fait son annonce » a affirmé M. Peillon, qui s’est posé en « candidat d’une éthique politique ». Soutenu par plusieurs députés – Patrick Mennucci, Eduardo Rihan Cypel, Patrick Bloche -, Vincent Peillon aurait le mérite, selon ses proches, d’être au « point d’équilibre » de la gauche.

« Aucun ennemi »

Il a rejeté tout téléguidage de sa candidature par d’autres socialistes ou une candidature qui servirait à un projet « tout sauf Valls » : « Ça n’a aucun sens. Je vous le dis très clairement, une décision comme celle-là, elle se prend dans la solitude de sa conscience, je n’ai aucun ennemi. »

« Je veux être le candidat du rassemblement, pour gagner. L’extrême droite elle est haute (…). Derrière un vernis social, c’est l’extrême droite la plus dure, celle qui a déshonoré notre pays », a accusé l’ancien député de la Somme. « Il y a en même temps la droite de M. Fillon, en train d’affirmer des choses d’une dureté incroyable, attaquer les fonctionnaires » a encore mis en garde le député européen.

Les critiques envers Hollande ? « Injustes »

Pour lui, les « jugements sur la personne et l’action » de François Hollande « sont injustes. Il y a un seul pays en Europe qui a maintenu sa cohésion sociale, son niveau de sécurité sociale, qui a créé des postes de fonctionnaires, qui a fait de nouvelles conquêtes de protection sociale (…) et en même temps on a réduit nos déficits, on a maintenu notre modèle social et même on l’a fait progresser », a vanté M. Peillon.

« Je crois que très vite les Français vont réapprécier la personne et le bilan » de l’actuel chef de l’Etat, a-t-il pronostiqué, tout en reconnaissant « erreurs » et « difficultés », par exemple une « majorité trop étroite ». « J’en parlerai ». Peillon a donné quelques coups de griffes à ses adversaires, assurant être « parti du gouvernement avant ceux qui peut-être n’ont pas l’air de vouloir souffrir leur propre bilan. »

Défense des 35 heures

Il a aussi défendu « le patrimoine commun des Français » et notamment les 35 heures, estimant que Emmanuel Macron, Manuel Valls mais aussi la droite « les avaient critiquées et maintenant les gardent ». « Nous sommes ceux qui avons amené des progrès », d’après lui.

« Il faut deux rassemblements: un premier rassemblement, la primaire (…), celui qui la gagnera nous le soutiendrons » mais aussi « à l’extérieur » avec « deux personnes que les Français apprécient et qui sont des personnes de valeurs », Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron avec lesquels « bien entendu » il compte travailler si il remportait la primaire prévue les 22 et 29 janvier.

Neumann – 2017, rien n'est écrit…

Manuel Valls a raison sur un point : rien n’est écrit et la présidentielle de 2017 est loin d’avoir livré son verdict. Ni pour François Fillon, pourtant auréolé de sa victoire sans appel à la primaire de la droite et du centre et que tant d’observateurs voient déjà à l’Élysée, ni pour Marine Le Pen qui se croit déjà qualifiée pour le second tour de la présidentielle. Même le destin de la gauche, si sombre à ce jour, n’est pas écrit.

Les derniers sondages indiquent qu’au premier tour Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Manuel Valls sont à égalité ou presque (14 % pour les deux premiers, 1…

Primaire – Bennahmias-de Rugy : bataille dans une cabine téléphonique

Jean-Luc Bennahmias, investi par l’Union des démocrates et écologistes (UDE), a annoncé mercredi avoir déposé sa candidature à la primaire de la gauche organisée par le PS. Son mot d’ordre : « reconstruire en France une majorité progressiste ». Jean-Luc Bennahmias, qui préside le Front démocrate et copréside l’UDE, est la troisième personnalité à officialiser sa démarche, après Arnaud Montebourg le 1er décembre et François de Rugy mardi. Le dépôt de la candidature de Benoît Hamon est, lui, attendu vendredi matin.

Pour ceux que la question écologiste intéresse mais qui sont peu familiers des bisbilles de cette turbulente petite famille politique, précisons que François de Rugy est l’un des membres fondateurs de l’UDE. Mais lui préside un autre parti : Écologistes ! Attention de ne pas les confondre. Difficile d’en savoir plus sur ce qui les distingue. Le site de l’UDE est en maintenance…


Capture d’écran du site de l’UDE le 7 décembre 2016.

Le seul vrai écologiste ?

Rappelons qu’interrogé par Le Monde sur ce qui distingue sa candidature de celle de Jean-Luc Bennahmias François de Rugy a été formel : « Ma candidature est écologiste. Je serai clairement le seul candidat à mettre l’écologie au cœur du projet de la gauche. » Alors qu’à 62 ans Jean-Luc Bennahmias souhaite, lui, trouver les clés pour « reconstruire une majorité progressiste » en brassant « au-delà de la gauche », dans un spectre allant « de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon » à celui de « Nathalie Kosciusko-Morizet à droite ». Parmi les idées-force qu’il affirme soutenir, un « revenu universel autour de 800 euros », l’introduction de « la proportionnelle » dans les scrutins, la mise en place d’un « objectif de développement durable, qui va de pair avec l’économie circulaire et ce qui a été fixé dans la COP21 », le respect de « l’exception culturelle française » ou encore la possibilité d’un « service civique obligatoire de six mois ou un an ».

En ce qui concerne François de Rugy, pas de programme sur son site qui rend compte de ses activités de député de Loire-Atlantique, mais cette réponse faite au Monde : « un objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2050 », la promesse d’une « baisse de 25 % » sur la facture énergétique des Français « grâce aux économies d’énergie », le vote obligatoire, le non-cumul des mandats, la proportionnelle à l’Assemblée nationale et « une vraie réforme de la décentralisation ». Enfin, M. de Rugy « souhaite faire du Parlement européen le cœur de la démocratie européenne ».

À vue de nez, rien de commun, donc, entre ces deux écologistes « de gouvernement ». Cela valait bien deux candidatures…

Tesson – Valls : quel échec ! quelle désillusion !

En entendant lundi soir Manuel Valls annoncer sa candidature à la présidence de la République, on se rappelait l’époque où il incarnait l’espoir d’un aggiornamento du socialisme. Il disait, parlant du socialisme : « Ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. » Il ajoutait : « Il faut tout remettre en cause… Le mot de socialisme réveille toujours en moi des trésors d’émotion. Mais cette émotion est trompeuse, si elle obère l’action… » Il disait cela, c’était lucide, enthousiaste, intelligent, courageux. Cela ne nous concernait pas directement, nous ne sommes pas socialiste, mais on aimait l’idée d’une gauche moderne, nécessaire à l’équilibre démocratique. Dans les années qui suivirent, on a continué à respecter, voire à admirer l’énergie que déployait cet homme-là pour réinventer la gauche, pour rénover le socialisme, pour le libérer de ses pesanteurs et de ses archaïsmes, à l’image de ce qu’avaient fait Blair et Schröder, chacun à sa façon. Et le temps a passé. Et on a pu croire, il y a bientôt trois ans, lors du virage libéral opéré par Hollande, que le souhait de Valls allait connaître un début de réalisation. Et l’on sait ce qu’il est advenu de cette espérance : les résistances que cette promesse a rencontrées à gauche, la fronde que cela a suscitée, les hésitations, les pas en arrière, les maladresses, les ambiguïtés qui s’en sont ensuivis du côté du gouvernement. Et la gauche en miettes.

Lui qui incarnait l’avenir n’a utilisé que le langage du passé

On se rappelait tout cela en entendant Manuel Valls lundi soir. Quel échec ! Quelle désillusion ! Il y avait quelque chose de pathétique dans l’effort qu’il faisait pour donner le change. Le voilà qui se lance dans une aventure aléatoire où l’on distingue mal ce qui le motive, de la part d’ambition personnelle ou de la part de dévouement à la cause. Comment peut-il croire qu’il est le rassembleur qu’il se veut être, lorsqu’on sait les hypothèques qui pèsent sur son dessein ? C’est un rêve qu’il a livré, rien que cela, sur les ruines d’un quinquennat désastreux, c’est une utopie, cette « splendide utopie » qu’il dénonçait avant son accession au pouvoir. Lui qui incarnait autrefois l’avenir n’a utilisé lundi que le langage du passé, celui de la légende socialiste. Tout y était : l’emphase, le lyrisme désuet, le vocabulaire inépuisable du sentiment et de la morale, la vanité des mots. Écoutons-le : « La gauche est grande et belle », dit-il au moment où elle donne d’elle-même une image mortifère. Écoutons-le énumérer la litanie des lieux communs, des références grandiloquentes, des concepts éculés de la mythologie républicaine et démocratique. Écoutons cette énormité d’un incroyable cynisme, qu’il lance comme un hommage : « La gauche, c’est le débat », alors que c’est justement le débat qui est en train de tuer la gauche, c’est le débat interne à la gauche qui, depuis bientôt cinq ans, paralyse la France. C’est vraiment trop d’arrogance ou de frivolité ou d’inconscience. Jusqu’à quand vont-ils nous faire payer leurs discussions byzantines sur leur sexe idéologique ?

Qu’il informe le pays de son projet politique

On veut bien admettre que, campagne électorale oblige, l’annonce d’une candidature puisse s’accompagner d’une exhortation à l’enthousiasme. Encore faut-il que celui-ci prenne en compte la réalité du contexte. On attendait de Manuel Valls un minimum d’humilité après la déroute de la gauche. On est frustré. On attendait ensuite qu’il définisse les « valeurs » qu’il défend. On est tout aussi frustré. Car, paradoxalement, il y en a trop. Elles font ratatouille, et elles sont communes à la plupart des familles politiques, en ces temps de confusion démocratique. Ce que l’on attend de lui, enfin et surtout, c’est que dans les quelques semaines qui nous séparent de la primaire, il informe le pays de son projet politique. Ou bien du sien propre, fidèle aux promesses novatrices que portaient ses propositions passées et nourri de ses récentes expériences. C’est ce que l’on souhaite à la gauche. Ou bien d’un projet rassembleur issu d’une série de compromis passés avec ses concurrents. C’est ce que l’on redoute pour la gauche, mais cela semble très aléatoire. Car, quoi qu’il en soit, il est fortement douteux que l’un ou l’autre de ces projets emporte l’élection présidentielle ! Dans tous les cas de figure, l’ambition de l’ancien Premier ministre est illusoire.

Belle Alliance populaire : le PS tente de donner du souffle à sa primaire

Le renoncement de François Hollande à la présidentielle 2017 a sonné le Parti socialiste. Samedi 3 décembre, le PS s’est efforcé de donner du souffle à sa primaire, appelant Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon à s’y joindre, lors de la « Convention nationale » de la Belle Alliance populaire.

La réunion, à laquelle n’assistaient ni Manuel Valls ni plusieurs candidats déclarés à la primaire tels Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon, a aussi pris des allures d’hommage au président sortant et à son bilan, entrecoupé d’appels à contrer le programme « réactionnaire » de la droite. « Oui, la primaire, c’est le moyen d’imposer l’unité, de faire en sorte que les familles séparées se retrouvent, et encore une fois, à mon tour, je lance un appel à ceux qui n’ont pas compris aujourd’hui que la modernité c’est que le peuple tranche et non pas de trancher à la place du peuple (…) Je lance un appel à Emmanuel Macron, à Jean-Luc Mélenchon: rejoignez la primaire de la gauche ! », a déclaré le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis à la tribune.

« Un immense succès

Le PS, longtemps soupçonné de ne vouloir organiser qu’une « petite primaire » les 22 et 29 janvier pour mettre en selle le candidat François Hollande, a désormais changé son fusil d’épaule, souhaitant visiblement donner de l’ampleur à l’événement après le succès de la primaire de la droite et le renoncement du président. « Nous allons faire en sorte que les primaires de la gauche soient un immense succès », a dit Jean-Christophe Cambadélis en conclusion de son discours.

L’événement, initialement conçu comme le rassemblement de tous les représentants de la « Belle Alliance populaire » à Paris et pour lequel Jean-Christophe Cambadélis espérait en septembre quelque 10 000 personnes, n’en a rassemblé qu’environ 2 500, dans un centre de congrès à Paris (XIXe) avec quantité d’écrans géants. Un rétrécissement à l’image du parcours difficile de la Belle Alliance populaire, dont le projet de « dépasser » le PS en lui adjoignant les radicaux, les écologistes pro-gouvernement, le monde syndical et associatif a connu un relatif échec -le PRG a claqué la porte dès juin, Génération écologie la semaine dernière.

L’absence de Manuel Valls

48h après le renoncement de François Hollande à briguer un second mandat en 2017, le numéro un du PS a affiché du « respect pour un homme qui a fait face et qui aujourd’hui s’efface pour nous laisser la place ». « Respect pour cet homme qui a pensé d’abord à la France et qui a vu la situation dans laquelle elle était, et qui n’a pas voulu ajouter le désarroi, la difficulté, la polémique (…) respect oui, François Hollande (…) tu es l’honneur de la gauche ».

Le Premier ministre, qui devait initialement prononcer un grand discours, n’était finalement pas présent. Alors qu’il doit prochainement déclarer sa candidature à la primaire, la direction du PS avait à coeur de ne pas donner prise aux accusations de partialité. Se sont en revanche succédés à la tribune les ministres socialistes Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem, ou écologistes Jean-Vincent Placé et Emmanuelle Cosse. Le Premier secrétaire du PS n’a pas eu de mots assez durs contre François Fillon, un homme « à l’image » de « la droite des gens aisés » qui l’a choisi, qui « a beaucoup navigué en politique », et contre son « projet de casse sociale, de régression morale », un « homme sous influence: (Henri) De Castries (ex-Pdg d’Axa) pour l’économie, (Vladimir) Poutine pour la politique étrangère, Sens commun pour les problèmes de société ».

À Mayotte, le discours ferme de Marine Le Pen

Des fleurs d’ylang-ylang autour du cou et un discours ponctué de chants mahorais, Marine Le Pen est venue en terrain conquis à Mayotte. La présidente du Front national a évoqué la lutte contre l’immigration et l’insécurité à Mtsahara, village côtier du nord-est de Mayotte, marqué par l’arrivée massive de migrants des Comores voisines.

Sur la place centrale de Mtsahara (environ 2 500 habitants), des dizaines de femmes en saluvas colorés (vêtement traditionnel des femmes mahoraises) tendent des banderoles : « Bienvenue Mme Marine Le Pen, Mayotte a besoin de vous », « Non à l’immigration clandestine, et vous avez la solution ». D’autres banderoles proclament que « Mayotte ne peut pas accueillir toute la misère du monde, plus de 60 % d’immigrés sur un territoire, c’est du jamais-vu » ou « les Mahorais sont fatigués des enfants de la mer », une allusion aux migrants, dont de nombreux enfants, qui arrivent illégalement par kwassa kwassa, ces bateaux de pêche comoriens.

Le 101e département français (depuis 2011 seulement) est confronté à une forte pression migratoire venue de l’archipel des Comores, à seulement 70 kilomètres. La population mahoraise est estimée à 220 000 habitants (chiffres de 2012, que beaucoup, localement, estiment très en dessous de la réalité) et compterait environ 40 % d’étrangers. En 2015, il y a eu plus de 19 000 reconduites à la frontière à Mayotte contre environ 20 000 sur le territoire métropolitain.

Sur la route qui mène à Mtsahara, des gendarmes en faction scrutent l’horizon avec des jumelles. Objet de leur attention, l’îlot de Mt’zamboro, à trois kilomètres au large : c’est ici que les passeurs comoriens font débarquer les clandestins, qui y restent parfois plusieurs jours avant de trouver des pêcheurs mahorais qui acceptent contre forte rémunération de les amener à Mayotte. Accueillie par les chants des femmes qui se précipitent pour l’embrasser, Marine Le Pen est dans le « fief du FN », comme le dit la fédération locale, où son père était déjà venu.

Immigration et insécurité

« Les clandestins envahissent les bancs de nos écoles, les hôpitaux, les emplois, les rues des villages », expose Soiderdine Madi, président de la fédération, prêt à « reprendre le combat » contre les Comores. Pour lui, Marine Le Pen est « l’espoir de Mayotte, la lumière de Mayotte, la seule personne attendue pour sauver le 101e département », dit-il devant les quelque 150 personnes venues accueillir la candidate à la présidentielle. Cette dernière, qui a fait sensation à son arrivée à l’aéroport de Dzaoudzi, en débarquant elle-même vêtue d’un saluva orange (vite enlevé à cause de la chaleur), les a appelés à « entrer en résistance ». Selon elle, il est pourtant « simple et facile » d’arrêter « ce drame ». « On va dans l’espace et on n’est pas capable d’arrêter des bateaux de clandestins ? » ironise la dirigeante frontiste.

Elle rappelle son programme : « supprimer le droit du sol », « supprimer les aides sociales accordées aux clandestins », « supprimer la possibilité d’être régularisé quand on est en situation clandestine. Nous ne leur donnerons rien, ni argent, ni subvention, ni aide sociale, ni papiers », poursuit-elle. Elle souhaite également arrêter « l’immigration légale » sur ce territoire, « alors que vous êtes en train de vous débattre dans la pauvreté ». « La moitié de Mayotte est habitée par des étrangers. Pas un seul département français ne supporterait des chiffres comme ceux-là », ajoute la candidate, sans accuser « ceux qui viennent » et parfois meurent dans les naufrages, a-t-elle rappelé, mais « les responsables français qui les laissent venir ».

Elle promet aussi de régler « le problème de l’insécurité », conséquence selon elle « de l’immigration clandestine », et qui empêche investisseurs, hôteliers et compagnies aériennes de prendre pied à Mayotte. Dans le public, Madi Toibati, en saluva fleuri, est conquise : « C’est elle qui va nous sauver. Les étrangers tuent nos enfants en vendant de la drogue. On est étouffés », affirme-t-elle. À Mayotte, Marine Le Pen avait recueilli 2,77 % des voix à la présidentielle de 2012.

Primaire de la gauche : Valls va-t-il renverser la table ?

François Hollande doit bientôt sortir du silence sur ses intentions pour 2017. Mais son Premier ministre n’a pas l’intention de se contenter de s’incliner devant la décision présidentielle. Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Manuel Valls a laissé entendre qu’il n’excluait pas complètement de faire partie des candidats à la primaire de la gauche, six ans après sa défaite au précédent scrutin, où il était arrivé en cinquième position avec 5,6 % des voix.

Entre-temps, il a été nommé Premier ministre et s’est fait connaître des Français. Son objectif aujourd’hui : rassembler la gauche et la fédérer. « La gauche doit se réconcilier avec elle-même pour pouvoir se réconcilier avec les Français », déclare le Premier ministre. Car il s’inquiète pour l’avenir de la gauche, face à la montée du discours populiste et conservateur à droite, qui semble séduire une partie croissante des Français. « Face au désarroi, au doute, à la déception, à l’idée que la gauche n’a aucune chance, je veux casser cette mécanique qui nous conduirait à la défaite », annonce Manuel Valls, alors que tous les pronostics voient déjà un second tour entre Les Républicains et le Front national en mai 2017. « Nous pouvons être pulvérisés au soir du premier tour », s’inquiète-t-il, allant jusqu’à affirmer que « la gauche peut mourir ».

Guerre froide avec Hollande

Sauf que l’équation de Valls n’est pas simple : comment « rassembler » son camp en commençant par une traîtrise ? Alors que tout le monde les dit en « guerre froide » depuis plusieurs semaines, Manuel Valls tente de minimiser ses griefs contre François Hollande. « J’ai des rapports de respect, d’amitié, et de loyauté avec le président »,  avance-t-il. « Mais la loyauté n’exclut pas la franchise. Force est de constater qu’au cours de ces dernières semaines, le contexte a changé. La parution du livre de confidences [Un président ne devrait pas dire ça, NDLR] a créé un profond désarroi à gauche. Comme chef de la majorité, ma responsabilité est donc de tenir compte de ce climat. »

Ça, c’est pour la version officielle. En off, le chef du gouvernement se montre beaucoup plus virulent à l’égard de son président : « Si le président pense que, de toute façon, s’il est candidat, je serai derrière lui, que j’irai coller des affiches, parler dans le train, faire des déambulations, là, c’est non ! » aurait ainsi glissé Manuel Valls à des proches, rapporte l’AFP. Alors que la cote de popularité de François Hollande est au plus bas, notamment en raison de son bilan et de ses « confessions » rapportées dans le livre des journalistes du Monde, Valls juge qu’il est la meilleure alternative. Le Premier ministre entend bien sortir de l’ombre du président et a des ambitions au-delà des murs de Matignon.

« Je suis prêt »

« Chacun doit mener ses réflexions en responsabilité. Je prendrai ma décision en conscience. Quoi qu’il arrive, le sens de l’État m’animera toujours », assure Valls, avant de se montrer beaucoup plus direct. La primaire « doit donner un élan, de l’espoir. Il faut se préparer au face-à-face. Je m’y prépare, je suis prêt », annonce-t-il au JDD avec assurance, comme une déclaration de candidature officieuse, au lendemain du coup d’éclat de Claude Bartolone qui a semé la panique dans son camp en plaidant pour que tous les prétendants à une victoire de la gauche participent à la primaire, Macron, Mélenchon, Hollande et… Manuel Valls.

Le suspense prendra bientôt fin, puisque les candidats à la primaire pilotée par le Parti socialiste ont jusqu’au 15 décembre pour se déclarer. Manuel Valls le précise d’ailleurs lui-même : « C’est une question de jours. »

Pour l’heure, sont officiellement déclarés candidats aux primaires citoyennes de la gauche Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, François de Rugy et Gérard Filoche. Et bientôt François Hollande ? Rien n’est moins sûr. Ces derniers jours, dans l’entourage du président, des voix ont précisé que le président n’avait jamais clairement dit qu’il participerait à la primaire s’il se lançait dans la course à 2017. L’élimination dès le premier tour de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite est passée par là.

Quand l’entourage de F.#Hollande nous rappelle que le Président n’a jamais dit lui même formellement qu’il participerait à la #Primaire…

— Maryse Burgot (@MaryseBurgot) 25 novembre 2016

Le silence de Hollande

Dans le duel sans merci qui se déroule entre le président et son Premier ministre, François Hollande a lui aussi appelé au rassemblement depuis Madagascar où il assiste au 16e sommet de la Francophonie. « Nous devons montrer ce qu’est la France partout, comment nous devons nous rassembler, quelles que soient les circonstances, quelles que soient les échéances, quelles que soient les épreuves, quels que soient les choix que nous aurons à faire. Nous rassembler, c’est l’essentiel », a déclaré le président de la République dans un discours devant la communauté française de Madagascar.

Le chef de l’État s’est ensuite refusé à tout autre commentaire politique. « Je lis toute la presse, j’entends, je vois », s’est-il borné à affirmer, écartant toute question, que ce soit sur la date de son annonce ou pas de candidature pour 2017, et via la primaire de la gauche ou pas.

Valls, un simple recours selon Najat Vallaud-Belkacem

Il a reçu le soutien appuyé de sa ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Invitée au Grand Jury sur RTL/Le Figaro/LCI, elle a jugé que le président et son Premier ministre partageaient « le même bilan, les mêmes valeurs ». « Je crois que l’un ne se présentera pas contre l’autre. Ce n’est pas raisonnable, ce n’est pas envisageable ». Interrogée sur l’interview de Manuel Valls au JDD, elle a apporté un soutien sans faille au chef de l’État : selon elle, le président sortant a été « à la hauteur » pour gouverner « un pays fragilisé par un gouvernement de droite » et dans le contexte des attentats djihadistes. Avant de mettre les points sur les « i » : « Je considère que et François Hollande et Manuel Valls sont des hommes d’État. Je considère aujourd’hui que c’est François Hollande qui a légitimité de se présenter, qu’il a un bon bilan. Mais c’est à lui d’en décider ».

Quant à la tentation de Brutus qui travaille le Premier ministre, elle l’a purement et simplement balayée : « Je retiens de l’action et des propos de Manuel Valls depuis des mois et des mois une solidité et une loyauté et une fidélité qui ne s’est jamais démentie. Y compris dans l’interview que vous mentionnez. » « Dans l’absolu, a-t-elle ajouté, c’est une bonne chose d’avoir un Premier ministre qui porte suffisamment haut les valeurs de la social-démocratie pour se tenir prêt le cas échéant si le président de la République n’y allait pas. Je reste sur cette idée-là que le président de la République et le Premier ministre trouveront un terrain d’entente et que si le président de la République n’y va pas, alors le Premier ministre serait en situation pour y aller ».

Elle a enfin démenti que François Hollande pourrait se présenter sans passer par la case primaire. « À l’origine, je n’étais pas forcément favorable à la primaire à gauche. Pour une raison simple : avec un président sortant, il me paraissait naturel de continuer avec ce président sortant. Maintenant la primaire a été décidée, annoncée, en cours d’organisation, donc non on ne va pas y renoncer ». « On » peut-être, mais François Hollande ? « Il ne cherche pas à s’y soustraire », a assuré cette fidèle du chef de l’État.