Auteur : admin4628

Florian Philippot : « Je ne connais pas l'histoire du Front national »

Les numéros deux du parti frontiste sont frappés par une terrible malédiction. Une calamité semblable à celle des malheureux explorateurs qui succombèrent les uns après les autres après avoir ouvert le tombeau de Toutankhamon en 1923. Comme dans la série de films cultes Destination finale, ils ont presque tous échoué à semer la grande faucheuse, qu’il s’agisse de leur existence politique ou, pire, de leur vie.

Deux d’entre eux ont trouvé la mort au sens propre : François Duprat, l’éminence grise nationaliste et révisionniste de Jean-Marie Le Pen dans les années 1970, a été assassiné. Une bombe a explosé dans sa voiture alors qu’il était au volant ; Jean-Pierre Stirbois, qui fut pendant huit ans l’organisateur en chef du parti, est également décédé en voiture. Il est mort dans un accident en 1988 alors qu’il revenait d’une réunion publique à Dreux.

« Le destin des dauphins est parfois de s’échouer »

Les autres sont toujours vivants. Mais ils ont presque tous été « tués » politiquement par leur chef. On peut citer Carl Lang, suspendu du FN en 2008 par le bureau exécutif pour s’être présenté aux élections européennes contre Marine Le Pen, parachutée dans sa région du Nord. Il y a aussi Bruno Gollnisch, le fils spirituel de Jean-Marie Le Pen. Le « Menhir » lui avait promis son soutien pour lui succéder à la tête du parti, avant de se ranger derrière sa fille lors du congrès de Tours en 2011.

La trajectoire la plus célèbre est peut-être celle de Bruno Mégret, le « félon » qui a provoqué une scission parce qu’il ne parvenait pas à convaincre Jean-Marie Le Pen de transformer le FN en parti de gouvernement. Plus récemment, en juillet, Louis Aliot, vice-président chargé du projet depuis l’élection à la tête du parti de sa conjointe Marine Le Pen, a été écarté au profit de Florian Philippot. Une succession de « mésaventures » que Jean-Marie Le Pen a résumées dans une de ces formules animalières dont il a le secret : « Le destin des dauphins est parfois de s’échouer. »

« Un côté gag »

« La malédiction a un côté gag. Mais il y a quand même quelque chose, abonde l’historien Nicolas Lebourg, auteur de Dans l‘ombre des Le Pen : une histoire des numéros 2 du FN. On ne peut pas critiquer le numéro un, donc le numéro deux sert de fusible. Il est là pour expier ses fautes. » Et d’ajouter une « blague maurrassienne » : « Si le FN perd trois fois, ça se jouera entre le numéro deux réel, Marion Maréchal-Le Pen, et le numéro deux légal, Florian Philippot. »

« En bon gaulliste, je ne suis pas là pour sacraliser les partis »

Ce dernier est-il conscient d’être à la place du mort dans la voiture frontiste lancée sur l’autoroute de la présidentielle ? Nous lui avons posé la question il y a quelques semaines. « La malédiction ? Ça fait vendre, c’est amusant. J’ai cru comprendre que, plusieurs fois, c’est parce qu’il y avait un conflit entre le un et le deux… » On le coupe : « Parfois, oui, mais, parfois, non. François Duprat, par exemple… » Il nous coupe à son tour : « Je ne connais pas l’histoire du Front national. Enfin, je connais vaguement son histoire par les médias. » Et de se justifier : « Un parti politique, c’est sympa, il y a des combats communs qui créent des liens évidents. Mais ça reste un moyen d’accéder au pouvoir. En bon gaulliste, je ne suis pas là pour sacraliser les partis. »

Trois ministres soupçonnés d' »irrégularités » budgétaires, selon Le Canard

La Cour des comptes tiendra une audience publique le 20 février après avoir été saisie à propos d' »irrégularités » concernant environ 300 millions de crédits budgétaires de la part des ministres Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian et Ségolène Royal, selon le Canard enchaîné à paraître mercredi. La Cour des comptes a « déploré » la publication de cet article « contenant des inexactitudes », dans un communiqué. Elle affirme avoir été saisie par le Procureur général près la Cour des comptes « au terme d’une enquête menée sur certaines pratiques budgétaires en 2014 et 2015 », pour des faits constitutifs d’une « gestion de fait », soit « le maniement des deniers publics par une personne qui n’est pas un comptable public », a-t-elle expliqué.

Il s’agit de deux affaires différentes : « l’une porte sur des financements relatifs à l’enveloppe spéciale transition énergétique confiée à la Caisse des dépôts et consignations, l’autre concerne une enveloppe confiée au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA) », a expliqué la Cour des comptes. Selon elle, « cette saisine ne met pas en cause l’intégrité personnelle des personnes concernées ». Elle tiendra une audience publique le 20 février prochain pour statuer sur les suites à donner « à ces réquisitoires », a-t-elle précisé. Le Canard enchaîné a écrit que la Cour des comptes devrait décider lors de son audience si les ministres doivent être renvoyés devant la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF), une juridiction administrative qui lui est associée, pour y être jugés.

La Cour des comptes dément

Cependant, la Cour des comptes a démenti cette affirmation, précisant dans son communiqué que la CDBF est une « juridiction financière devant laquelle les ministres ne peuvent pas être déférés ». Les faits remontent à l’époque où M. Cazeneuve, aujourd’hui Premier ministre, était secrétaire d’Etat au Budget. Les trois ministres sont soupçonnés d’avoir « utilisé des fonds publics hors du contrôle d’un comptable public, seul habilité à manier l’argent de l’Etat », selon le journal. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian « aurait puisé dans le programme d’investissements d’avenir (…) pour boucler son budget 2013 », a indiqué le journal. Il aurait demandé à l’administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dans une instruction datée du 9 janvier 2014 aussi signée par M. Cazeneuve, « de se livrer à un petit bonneteau budgétaire ».

Les ministres auraient attribué au CEA 1,3 milliard d’euros provenant du PIA, et le CEA aurait ensuite remboursé 212 millions d’euros au ministère de la Défense qui ont été affectés « à la force de dissuasion nucléaire ». De son côté, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal « est accusée d’avoir pris, en 2014, quelques libertés dans la gestion d’une enveloppe de 1,5 milliard allouée au financement de mesures de transition énergétiques ». Le litige porte sur 80 millions d’euros. Mme Royal « n’est accusée d’aucune malhonnêteté, mais d’irrégularités dans l’usage des fonds », précise le journal.

François Fillon en Allemagne : entre convergences et différences

Le gaulliste François Fillon avait choisi un lieu symbolique pour donner ce soir une conférence à Berlin et rappeler aux Allemands son engagement européen et l’amitié qu’il porte à leur pays. Devant la fondation Adenauer, think tank des chrétiens-démocrates d’Angela Merkel, se trouve une sculpture en bronze : Konrad Adenauer et Charles de Gaulle se serrent la main. Il avait choisi aussi à un jour près une date hautement symbolique : on commémorait hier le 54e anniversaire de la signature des traités de l’Élysée qui, le 22 janvier 1963, marquait un pas décisif dans le rapprochement franco-allemand. Le candidat de la droite française à la présidentielle était venu dire qu’il faisait « le choix clair du couple franco-allemand. Car il est illusoire de vouloir transformer en profondeur le projet européen sans un lien étroit entre nos deux Nations ». Pour lui, « le salut de l’Europe est dans la lucidité, la solidarité et l’action. Et évidemment dans une solide amitié franco-allemande ». Une profession de foi qui ne pouvait que brosser dans le sens du poil les chrétiens-démocrates réunis dans l’hémicycle. Parmi eux, assis au premier rang, Hans-Gert Pöttering, 71 ans, membre de la CDU et ancien président du Parlement européen.

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Les migrants, point de désaccord

François Fillon, qui après avoir déjeuné avec la chancelière a rencontré le ministre des Finances Wolfgang Schäuble et la ministre de la Défense Ursula von der Leyen, a d’abord tenu à rassurer les Allemands qui, à longueur d’éditoriaux dans leurs journaux, déplorent la faiblesse de la France et son incapacité à réformer son économie en profondeur. François Fillon a plaidé pour un « sursaut européen », un nouveau départ avec en tête une France ayant retrouvé « sa voix et un leadership en Europe ». « Notre chômage de masse, notre incapacité à réduire notre dette, nos déficits commerciaux ne sont pas seulement des handicaps pour la France. Ils réduisent son poids politique sur la scène européenne et internationale », a-t-il déclaré, avant de promettre la mise en place de réformes.

Parmi les points de litige entre la France et l’Allemagne, François Fillon a cité le défi de la crise migratoire. Alors que l’Allemagne a accueilli plus d’un million de réfugiés et qu’Angela Merkel, fidèle à son engagement, refuse d’imposer un plafond clair à leur arrivée sur le territoire allemand, le candidat de la droite répète que « la France n’est pas un territoire sans limites : nous comptons 6 millions de chômeurs et près de 9 millions de personnes au-dessous du seuil de pauvreté. Ma position est claire : la France ne peut pas accepter plus de réfugiés. Le droit d’asile n’est pas le désordre migratoire. Les conditions économiques et sociales nous commandent la fermeté. » Des propos qui plairont à Horst Seehofer, chef de file de la CSU, l’aile catholique et bavaroise très conservatrice de la CDU d’Angela Merkel. Depuis des mois, Horst Seehofer tente d’imposer un plafond à l’arrivée massive de migrants en Allemagne. Malgré ces différences de vues, François Fillon plaide pour l’harmonisation des règles d’accueil et la création d’un droit d’asile européen.

Fillon ne croit pas aux sanctions imposées à la Russie

Autre sujet d’actualité : la sécurité. Avant de venir prononcer son discours à la fondation Adenauer, François Fillon était allé se recueillir sur la place où se tenait le marché de Noël, lieu de l’attentat terroriste avant Noël. Tandis que les Américains refusent de plus en plus de mettre leur puissance militaire au service des Européens, surtout depuis l’élection de Donald Trump, ceux-ci « doivent désormais assumer une part plus importante de leur sécurité » en augmentant, en particulier, les budgets de la défense.

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Quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de Vladimir Poutine, François Fillon refuse que l’on isole la Russie et rappelle aux Allemands qui ont, Angela Merkel en tête, œuvré pour la mise en place des sanctions contre Moscou que « notre seule perspective ne peut pas être une confrontation larvée sous un régime de menaces et de sanctions ». La seule initiative franco-allemande concrète proposée par François Fillon à Berlin est d’ordre culturel : il souhaite la construction d’un musée de la civilisation européenne à Strasbourg, une « vitrine des chefs d’œuvre européens ».

À l’issue du discours, Peter Altmaier, directeur de la Chancellerie et très proche d’Angela Merkel (qui lui accorde toute sa confiance), a répété à plusieurs reprises qu’il parlait en tant que chrétien-démocrate et non en tant que ministre. Ce Sarrois jovial qui s’exprime parfaitement en français a salué le prochain président de la France. L’histoire ne dit pas si sa patronne est de son avis.

Marine Le Pen veut fédérer l'extrême droite européenne

La présidente du Front national français, Marine Le Pen, a prédit samedi, lors d’un congrès des droites extrêmes et populistes européennes, une révolte électorale cette année en Europe lors d’une série de scrutins cruciaux. Galvanisée par le Brexit et l’investiture vendredi de Donald Trump à la présidence américaine, Marine Le Pen a jugé qu’en 2017 les électeurs français, allemands et néerlandais pourraient « changer la face de l’Europe ».

« 2016 a été l’année où le monde anglo-saxon s’est réveillé. 2017 sera, j’en suis sûre, l’année du réveil des peuples de l’Europe continentale », a-t-elle déclaré à Coblence, en Allemagne, lors d’une réunion de partis membres du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) du Parlement européen fondée en 2015. « Il faut passer à l’étape suivante, l’étape où nous ne nous contentons plus d’être une minorité au Parlement européen, l’étape où nous serons majoritaires dans les urnes à chaque élection », a proclamé celle qui, selon les sondages, est bien placée pour être au deuxième tour de la présidentielle du printemps en France.

Marine Le Pen a une nouvelle fois tiré à boulets rouges sur l’euro, la « tyrannie » de l’Union européenne, la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel et salué Donald Trump et le choix des Britanniques du Brexit qui ont été érigés en modèle.

Anti-islam et anti-élites

Geert Wilders, chef du parti néerlandais anti-islam Parti pour la liberté (PVV), lui a succédé à la tribune sur le même ton. « Hier, une nouvelle Amérique, aujourd’hui Coblence, demain une nouvelle Europe (…) nous sommes à l’aube d’un printemps patriotique », a dit celui dont la formation pourrait arriver en tête des législatives de mars. Parallèlement, 3 000 manifestants, selon la police, se sont rassemblés pour dénoncer cette réunion.

Des effigies en carton d’Hitler et de Mussolini notamment ont été exposées et les protestataires, rassemblés sous l’œil vigilant de 1 000 policiers, ont brandi des pancartes barrées de slogans comme « celui qui dort en démocratie peut se réveiller dans une dictature ».

Le congrès de samedi était aussi l’occasion d’acter un rapprochement entre le FN et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), jeune formation populiste anti-islam et anti-élites, qui est en pleine ascension électorale, en surfant sur les peurs générées par l’arrivée de plus d’un million de demandeurs d’asile depuis 2015. La figure montante du parti, Frauke Petry, a ainsi aussi sonné la charge contre l’Union européenne qui ne veut « plus de peuples, mais des populations ». Elle a aussi dénoncé « les centaines de milliers, les millions » de migrants « qui envahissent notre continent ».

L’AfD espère un score à deux chiffres lors des législatives du 24 septembre et priver Angela Merkel d’une majorité pour un quatrième mandat à la chancellerie. Son entrée à la chambre des députés serait une première pour un tel parti depuis la chute du nazisme.

L’extrême droite, toujours taboue en Allemagne

La réunion de Coblence, présentée par ses organisateurs comme un « contre-sommet » européen, a été l’occasion pour ces différents partis d’exprimer ensemble leurs ambitions et mettre en avant les thèmes qui les rapprochent. Mais pour l’expert du Fonds Marshall en Allemagne Timo Lochocki, ce congrès est destiné « à attirer l’attention des médias », plus qu’à fonder les contours d’une base programmatique commune. « Le fait que des gens votent ou non pour un parti d’extrême droite est lié aux spécificités de leur pays », dit-il.

L’organisation de ce congrès n’est pas allée non plus sans polémique en Allemagne où le discours d’extrême droite reste largement tabou du fait du passé nazi.

Au sein même de l’AfD, des cadres se sont désolidarisés de la participation de Mme Petry en raison de la présence de Marine Le Pen. Certains jugent la chef du FN trop « socialiste » sur le plan économique et d’autres trop sulfureuse. Le parti allemand s’est aussi retrouvé dans la tempête cette semaine lorsque l’un de ses responsables, Björn Höcke, a qualifié le mémorial de l’Holocauste à Berlin de « honte ».

Primaire de la gauche : Hamon et Macron au centre des discussions

À trois jours du premier tour, le dernier débat télévisé de la primaire initiée par le PS s’est crispé jeudi autour des attaques vis-à-vis de l’homme qui monte, Benoît Hamon, avant que les candidats unissent leurs armes contre la menace Emmanuel Macron. L’imminence du verdict poussait les sept candidats à se démarquer en profitant de l’exposition de ce troisième débat décisif diffusé sur France 2, Europe 1, LCP et TV5 Monde. Benoît Hamon, qui paye sans doute sa bonne dynamique dans les sondages, a vu d’emblée sa proposition phare, le revenu universel d’existence, ciblée par plusieurs de ses concurrents, notamment pour son coût jugé démesuré.

Manuel Valls, recentrant sa campagne après un début très à gauche qui a brouillé son image, a ainsi dit ne pas vouloir d’une « gauche qui fait des promesses à crédit, pour ne pas qu’elle perde demain son crédit ». Arnaud Montebourg, donné au coude-à-coude avec Benoît Hamon pour une qualification pour le deuxième tour, a renchéri sur les 300 milliards pour financer le revenu universel : « On dit qu’on va prendre d’abord aux riches, et finalement, quand on s’aperçoit que ça ne suffit pas, c’est le coup de bambou fiscal pour les classes moyennes et les classes populaires », a-t-il poursuivi, s’attirant une récrimination outrée de Benoît Hamon : « Tu n’as pas le droit, ce n’est pas sérieux. » Les attaques dont il a été l’objet ne l’ont pas affaibli aux yeux des téléspectateurs si l’on en croit le sondage Elabe pour BFM TV : pour ceux qui ont vu le débat, Hamon est ainsi apparu le plus convaincant (29 %) devant Montebourg (28 %) et Valls (21 %).

Ennemis communs

Le thème du protectionnisme a aussi permis à certains d’afficher leurs divergences. Arnaud Montebourg a ainsi épinglé « le gouvernement qui a été dirigé par Manuel Valls », coupable selon lui d’avoir choisi une entreprise allemande pour remplacer le Famas, le fusil d’assaut français, « sans lui demander de travailler en France ». Après un premier débat très policé et une deuxième joute plus animée, le troisième round a été émaillé de petites escarmouches, sous les yeux de François Hollande, téléspectateur à Charleville-Mézières. Quand Manuel Valls demandait à Vincent Peillon de se livrer à « l’exercice intellectuel » de se souvenir qu’il avait contribué à la réduction des déficits, l’ex-ministre de l’Education a répliqué : « Je suis obligé de dire quand même que le plus dur a été fait avant ton arrivée. » « Il ne faut pas faire la guerre tout le temps et à tout le monde », a encore lancé Vincent Peillon un peu plus tard au même Valls, qui avait qualifié lundi de « déclaration de guerre » les propos de Trump sur l’Europe. « Vincent Peillon me rappelle parfois mon vieux professeur », s’est agacé l’ex-Premier ministre.

Mais certains sujets ont aussi fait consensus, comme la nécessaire amélioration de l’hébergement des SDF, ou le rejet de Bachar el-Assad. Et le nom des ennemis communs a été rappelé, Arnaud Montebourg estimant que cette fin de quinquennat était « la dernière station-service avant le lepénisme », et Manuel Valls rappelant qu’en matière de sécurité, le débat les opposait tous d’abord « à la droite ».

Sondages et suffrages

C’est surtout Emmanuel Macron qui a scellé l’union des candidats en fin d’émission. Un retrait du vainqueur de la primaire au profit d’Emmanuel Macron ? « Il nous opposera les sondages, moi je lui opposerai la légitimité d’un suffrage démocratique », a dit Benoît Hamon. « Il y a les sondages et il y a les suffrages », a répliqué Arnaud Montebourg, reprenant à propos de son successeur à Bercy le mot fameux de Martine Aubry : « Quand c’est flou, il y a un loup. » « Il faudrait se retirer, au nom des sondages ? » a asséné Manuel Valls, fustigeant « des forces politiques, des forces de presse, qui veulent empêcher que cette primaire se passe dans de bonnes conditions ». Emmanuel Macron avait pris soin de jeter une pierre dans le jardin socialiste en présentant son plan pour les législatives, en clamant haut et fort qu’il n’y aurait « aucun accord d’appareils ». Jean-Luc Mélenchon s’est lui rendu en meeting à Florange, dont les hauts-fourneaux sont devenus le symbole des promesses et des aléas du quinquennat Hollande.

Emmanuel Macron, comme un goût de Jean Lecanuet

L’effet de surprise  : voilà sans doute ce qui rapproche le plus les candidatures d’Emmanuel Macron et de Jean Lecanuet. Il y a huit mois, qui aurait misé un kopeck sur Macron, météore fulgurant propulsé parmi les favoris de l’échéance de 2017  ? Qui avait vu venir aussi en novembre 1965 ce sénateur de la Seine-Maritime  ? Personne, à commencer par lui-même, qui était certain d’«  aller à l’abattoir  », de saborder sa jeune carrière politique. Avant que son nom ne soit évoqué, le MRP, qu’il dirigeait, avait d’ailleurs sondé Jean Monnet puis Antoine Pinay. Tous avaient refusé le redoutable honneur d’oser défier le Général. La candidature de M. X, le troisième homme, alias Gaston Defferre, ayant fait pschitt. Lecanuet finalement s’était résigné  : «  Il y est allé par devoir, par sacrifice  », résume son biographe, Philippe Priol. Et un mois plus tard, miracle  : il recueille plus de 16 % des voix – près de 4 millions – et met en ballottage de Gaulle en personne.

Mais si Macron est une sensation, il ne peut plus être, à une époque hypermédiatisée, un inconnu comme le fut vraiment cet ovni rouennais dont 83 % des Français selon un sondage ignoraient l’existence. «  Je m’appelle Jean Lecanuet, j’ai 45 ans  »  : lors de sa première apparition à l’ORTF monogaullienne et verrouillée, il se voit donc obligé de décliner son identité. Rien de tel pour Macron, chouchou des médias et qui, en outre, contrairement à Lecanuet, est un candidat tout ce qu’il y a de volontaire, sans que personne ait besoin de le pousser dans le dos.

La jeunesse et la beauté

La jeunesse est, en revanche, un autre atout commun. Quand Valls ou Fillon entament leur carrière politique en 1981, Macron n’a pas encore 4 ans. C’est un bébé en politique au regard des dinosaures qu’il affronte. Lecanuet, d’emblée, met en avant son âge pour le valoriser  : «  J’ai 45 ans, c’est l’âge des responsables des grandes nations modernes… J’ai décidé de me présenter, car l’avenir, c’est l’affaire de notre génération… » Quarante-cinq ans, c’est trente de moins que l’ennemi à abattre, le général de Gaulle, enfermé dans la «  maison de la solitude  » (l’Élysée), pour qui cet agrégé de philosophie éprouve sans doute l’aversion de l’ex-résistant de l’intérieur anonyme pour l’ancien chef de la France libre. Ce jour-là, avec un culot insensé, il ose parodier les accents gaulliens  : «  Personne n’a le droit de dire qu’en dehors de sa personne il y aurait le néant.  »

Bronzé, photogénique, sourire étincelant – ce qui lui vaudra de la part des gaullistes le surnom de « Dents blanches » ou de « Colgate » –, Lecanuet, symptôme d’une France soixante-huitarde et de sa jeunesse qui s’ennuie, souligne soudain les rides et la fatigue d’un général qu’il voudrait envoyer à l’hospice. Une ferveur nouvelle parcourt la France. Qui dit jeunesse sous-entend modernité. La candidature de Lecanuet est d’ailleurs toute entière placée sous les feux séduisants de cette modernité puisqu’elle marque les débuts du marketing politique, téléguidée par un conseiller en communication, Michel Bongrand, qui vient de lancer les premiers James Bond en France et a étudié de près la campagne de Kennedy en 1960. Élève insolemment doué, Lecanuet est soumis à un entraînement aux médias, visionne les débats Kennedy-Nixon, pose en famille, débarque d’hélicoptère ou d’un Piper, tandis que des petits accessoires Lecanuet – stylos, porte-clés, chapeaux – inondent le marché.

Clou de cette floraison, comme le montre le documentaire de Frédéric Biamonti, La carrière du roi Jean, des jeunes femmes, la tête emmitouflée dans un foulard «  Je vote Lecanuet  », font le pied de grue devant l’Élysée  ! Les meetings sont réglés comme des shows à l’américaine et le mythe Kennedy débarque en France pour déboulonner un autre mythe, de Gaulle. Macron, qui vient d’engager comme porte-parole Laurence Haïm, la journaliste française introduite à la Maison-Blanche, reprend aussi des références américaines, qui vont de Kennedy à Obama. Rien d’étonnant dès lors si les slogans des deux hommes trahissent un air de famille troublant  : « Une France jeune dans une Europe unie, une France moderne, en marche », lit-on déjà chez Lecanuet…

La volonté de rassembler au-delà de son parti

Qu’en est-il justement du côté des idées  ? À l’évidence, une même fibre européenne convaincue. Lecanuet, anticommuniste, atlantiste, était d’abord tout ce que de Gaulle n’était pas, et on ne peut pas dire que celui-ci, qui pratiquait alors la politique de la chaise vide, professait un amour débordant pour le machin de Bruxelles. Sur le plan économique, les deux hommes sont tous les deux des réformateurs, même si Lecanuet l’était, à l’époque, dans une direction plus sociale, là où Macron emprunte une voie plus libérale. Mais, sur l’échiquier politique, on relève une autre ressemblance  : la volonté de rassembler au-delà de son parti. Impératif catégorique chez Macron, obsession aussi chez Lecanuet, qui, selon Priol, «  souhaitait dépasser un MRP moribond, pour aller des libéraux réformateurs jusqu’aux socialistes humanistes. Quand Lecanuet évoquait le centre, c’était pour s’en affranchir, car selon cette phrase de l’Évangile, que ce chrétien citait souvent, il y a plusieurs demeures dans la maison du Seigneur. »

Reste la question de l’audace. Y en a-t-il davantage à rompre le cordon ombilical d’un gouvernement et d’un Parti socialiste prêt à le cribler de fléchettes, à tuer un père qui a pour nom Hollande, ou à vouloir déboulonner dans la France de 1965 la statue du Commandeur gaullienne  ? Chaque époque a ses défis. Mais rappelons et soulignons le geste inouï et iconoclaste de Lecanuet, si bien que, pendant toute la campagne, sa mère n’osa pas sortir de chez elle. Et il paiera cher son crime de lèse-majesté, «  tué gentiment  », comme l’analyse François Bayrou dans le documentaire sur le « Roi Jean ». Qui sait, si Macron ne transforme pas l’essai, la manière dont il sera «  tué  »  ?

Primaire de la gauche : Valls, principale cible des attaques

Après un premier débat très policé, les sept candidats à la primaire engagée par le PS ont haussé le ton, ciblant particulièrement Manuel Valls, notamment sur le sujet de l’accueil des réfugiés. Jeudi, ils s’étaient contentés de s’écouter, actant plutôt sagement leurs divergences. Dimanche, à une semaine du premier tour de la primaire et alors que la nécessité de se démarquer se fait plus pressante, les postulants, priés avec insistance par les présentateurs d’en découdre, sont sortis de leurs couloirs pour s’opposer plus vivement.

L’ancien locataire de Matignon était interrogé sur un discours tenu le 13 février 2016 à Munich, lors duquel il avait assuré que l’Europe ne pouvait « pas accueillir plus de réfugiés ». Il avait plus généralement critiqué la politique migratoire de la chancelière allemande, ce qui avait ulcéré une partie de la gauche. « Comment être sans cœur, sans réaction face à ce drame épouvantable, notamment en Méditerranée ? » s’est aussi défendu Manuel Valls en évoquant « ces personnes, ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui se noient, qui fuient la guerre, la misère, la torture ». « La vie, ce n’est pas une ardoise magique », a raillé en retour Vincent Peillon, en soulignant son « désaccord profond » sur la question, qui « a marqué ce quinquennat ». Il a également déploré que Manuel Valls ait « fait la leçon à la chancelière » sur la crise migratoire. Rappelant que Manuel Valls avait promis d’accueillir « 30 000 » réfugiés, « pas plus », Vincent Peillon a poursuivi : « Nous sommes à 5 000. J’ai le sentiment que les Français étaient plus généreux que leurs dirigeants », a grincé l’ancien ministre de l’Éducation.

Pratique du pouvoir et frondeurs

Benoît Hamon a expliqué à propos de l’accueil des migrants que « c’est l’honneur de la France que de faire vivre ses valeurs en n’étant pas dans cette affaire l’un des moins volontaires ». Arnaud Montebourg s’en est également pris à l’ex-locataire de Matignon. « La directive européenne sur les travailleurs détachés, c’est du dumping à domicile. Là-dessus, la France n’a rien fait, et ce n’est pas faute de l’avoir demandé quand je siégeais au conseil des ministres. L’Europe n’a rien fait, et maintenant où en sommes-nous ? » a-t-il déclaré. « Je ne peux pas laisser dire que rien n’a été fait ! Nous sommes en train de réviser cette directive ! » a réagi Manuel Valls.

Autre sujet sur lequel Manuel Valls a été la cible des critiques de ses concurrents, celle de la pratique du pouvoir, avec une nouvelle fois un Vincent Peillon très combatif. « Un président de gauche, c’est d’abord un président qui va pouvoir rassembler la gauche et d’abord ses propres amis. Entre ceux qui ont théorisé deux gauches irréconciliables et ceux qui ont cassé des portes et brisé des fenêtres en étant restés plus longtemps que moi au gouvernement, il va falloir rassembler », a-t-il lancé, égratignant d’une phrase l’ancien Premier ministre et les frondeurs Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Frondeur, un mot jugé « inapproprié » par Arnaud Montebourg, car « il y a une légitimité démocratique à discuter les choix ». Sans nommer Manuel Valls, l’ancien ministre de l’Économie a critiqué « ces dernières années » un pouvoir « trop faible avec les puissants et parfois trop dur avec les faibles ».

Désaccords sur le cannabis

Manuel Valls s’est aussi trouvé isolé sur le sujet du cannabis, dont il rejette la dépénalisation quand Vincent Peillon défend un grand débat national et Benoît Hamon une légalisation. « Quand on veut gouverner, quand on veut présider un pays, il faut aussi s’adresser à son pays, à ses compatriotes, à sa jeunesse en disant : il y a des interdits », a dit Manuel Valls, drapé dans son costume régalien. L’Europe, objet de la première partie du débat, avait permis aux candidats d’exprimer de façon consensuelle le besoin d’une Europe renforcée en matière de défense, sur fond de désengagement probable des États-Unis. Ils se sont en revanche opposés sur la question du déficit budgétaire. Vincent Peillon a proposé d’obtenir le feu vert de l’Allemagne en faveur d’un grand plan d’investissement européen, en échange d’une politique budgétaire « sérieuse » en France. Benoît Hamon a objecté que le déficit valait peu face au risque de l’émergence politique de Marine Le Pen.

Si son ombre plane sur cette primaire dont il est le grand absent, François Hollande n’aura pas écouté ce deuxième débat. Dimanche soir, le chef de l’État était au théâtre en compagnie de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, pour assister à une pièce de Michel Drucker. Au terme de deux heures quarante de débats sur BFM TV, iTélé et RMC, les candidats se sont félicités de leurs échanges. Ce débat était « beaucoup plus vivant et approfondi que le précédent », a jugé Vincent Peillon. Lors de leur premier débat télévisé, les candidats avaient réuni devant le petit écran 3,8 millions de téléspectateurs, soit nettement moins que les 5,6 millions de la première joute des candidats de droite le 13 octobre. Le troisième débat avant le premier tour de la primaire aura lieu jeudi à 21 heures.

François Fillon recadre ses frondeurs

Deux mois après la primaire, François Fillon aurait-il – comme la majorité socialiste durant le quinquennat – déjà droit à ses frondeurs ? Ce samedi 14 janvier à la Mutualité à Paris, où se tenait le conseil national des Républicains, les fillonistes ne digéraient toujours pas les sorties des sarkozystes du milieu de semaine. À tel point que la réunion de famille a viré au recadrage des turbulents, le vice-président du parti et fidèle sarkozyste Laurent Wauquiez en tête.

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Mercedi dernier fut, à en croire ce filloniste notoire, « une journée noire pour l’unité de la droite et la campagne présidentielle de François Fillon ». C’est Laurent Wauquiez qui a ouvert le bal. « Un projet présidentiel en 2017, ça ne peut pas être que du sang et des larmes », lâchait-il sèchement au micro de RTL. Le soir même, lors d’un meeting à Nice, Christian Estrosi a embrayé : « On ne gagnera pas sans s’adresser aux millions de Français délaissés. […] Le mot social n’est pas une grossièreté. » À trois jours de la grand-messe d’investiture du Sarthois devant les siens à la Mutualité, l’unité bringuebalait.

« Je ne vois pas de courage dans la dissidence »

Dans le camp Fillon, il a fallu préparer la riposte, sans écorner le rassemblement. Elle aura lieu ce samedi, lors du conseil national. « Wauquiez et consorts vont passer une sale matinée. Nous travaillons à une France unifiée et eux nous attaquent au même moment. Dès lundi, ceux qui ne seront pas avec nous seront contre nous », promet un cacique filloniste dans les couloirs de la Mutualité. Au pupitre, chaque orateur a appelé à l’ordre et à la discipline. À commencer par Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains : « Quand on a une suggestion à faire à notre candidat, c’est à lui que nous la faisons. Pas devant un micro. » À ce tacle visant Laurent Wauquiez, Jean-Pierre Raffarin en a remis une couche : « Je ne vois pas de courage dans la dissidence. Elle cache la solitude derrière l’ambition. »

C’est logiquement à François Fillon qu’est revenue la primauté de la charge la plus violente. « Celle qui devra mettre tout le monde d’accord », renchérit un de ses proches. Dès le début de son discours de clôture, le candidat, ovationné du début à la fin, a mis dans le même panier ceux qui le critiquent dans son propre camp et les attaques de la gauche. « Certains à droite utilisent les mêmes mots que la gauche […]. J’attends de mon parti de la responsabilité et de la discipline », a admonesté le prétendant à l’Élysée.

Sur la photo de famille en fin de discours, les sourires de certains étaient crispés. Après le conseil national s’ensuivait un déjeuner entre cadres LR, secrétaires départementaux et patron de fédérations autour de François Fillon. L’Ultima Cena des Républicains ?

Primaire de la gauche : pourquoi le débat fut-il soporifique ?

Morne débat. La première joute de la primaire de la gauche entre les sept candidats a laissé les commentateurs sur leur faim. « Vivement dimanche », plaisante Yann Marec du Midi libre, qui a trouvé au premier débat des airs de « grande réunion de famille. Tous d’accord sur le fond au moment du plat de résistance et quelques chamailleries le temps du dessert. L’unanimité sur la politique de François Hollande en matière de sécurité aura été un exemple de solidarité. » Il est tout de même parvenu à trouver une vertu à la soirée : « En réalité, les débats d’hier auront servi à montrer où battait le plus fort le cœur de la gauche sous les spots du plateau. À ce jeu, nul doute que Benoît Hamon aura marqué le plus de points pour le peuple orphelin des promesses non tenues de François Hollande. Vincent Peillon a montré une vision intelligente de la France de demain pendant que Manuel Valls tentait de défendre un bilan mitigé. » Mais, selon lui, « il en faudra bien plus pour fixer l’opinion. Les prochains débats serviront à marquer davantage les lignes de fractures. »

« Les débats semblaient aseptisés, chacun essayant de rester dans son couloir et évitant absolument la polémique et les interpellations », constate Jean-Marcel Bouguereau (La République des Pyrénées). La faute aux règles aberrantes de ce débat : 1 minute trente pour répondre, 45 secondes pour se répondre ! Résultat, « un débat haché, les problèmes étant saucissonnés, les candidats n’ayant guère le temps de développer ou se perdant dans des détails gestionnaires. Où étaient le souffle, la vision, les projets ? Heureusement restent encore deux débats », conclut-il, dans un bel élan d’optimisme.

Des désaccords de fond

« Ce fut un débat d’économistes, grave, sobre, plus ou moins sérieux selon les candidats et sans grandes aspérités », pense également Hubert Coudurier du Télégramme. Un paradoxe, car il y a bien une sacrée « différence entre les partisans de raser gratis et ceux qui veulent maintenir les grands équilibres. Entre Hamon et Bennahmias, favorables à un revenu universel au montant astronomique, 400 ­milliards d’euros (soit les deux tiers des transferts sociaux). Sans compter les effets pervers sur la notion de travail. Ou Valls, Montebourg et Peillon, conscients que l’actuel président n’a pas seulement payé la hausse du chômage mais aussi celle des impôts. »

Dans L’Alsace, Laurent Bodin aussi a su discerner entre les candidats, des désaccords de fond : « Dès la première question, portant sur le bilan du quinquennat de François Hollande, les divergences ont éclaté au grand jour. Montebourg, de Rugy, Hamon et Peillon ont été critiques tandis que Bennahmias et Pinel trouvaient des points positifs et Valls exprimait sa fierté. La suite fut du même tonneau : Bennahmias et Hamon défendent un revenu universel que les autres jugent au mieux inadapté, au pire dangereux ; Montebourg veut abroger la loi travail, qui est l’un des marqueurs de l’action de Valls à Matignon… Plus encore que lors de la primaire de la droite, pratiquement tous les sujets ont donné l’occasion aux candidats de se démarquer les uns des autres. C’est bel et bien un choix de personnes mais aussi d’idéologies auquel sont conviés les sympathisants de gauche dans dix jours. »

Même analyse de la part de Bernard Stéphan, dans La Montagne. Selon lui, « tout cela ronronnait jusqu’au moment où la loi travail est venue comme le grand contentieux du quinquennat. Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont sonné la charge en dressant implicitement le procès de Manuel Valls sur ce dossier. Là, on venait sur le bilan et sur le vrai clivage qui traverse le PS. On était au cœur du débat, celui qui va peser sur le choix des électeurs de gauche. »

Le revenu de base : un vrai débat caricaturé ?

Un « cœur du débat » que résume Hervé Chabaud dans L’Union : « Dans leur approche d’une société qu’ils estiment tous en mutation accélérée en raison de la rupture économique, leur approche n’est pas la même. Lorsque Benoît Hamon veut maîtriser la transition pour éviter la régression et plaide en faveur du revenu universel d’existence, il n’est pas contredit par Jean-Luc Bennhamias, mais ni Vincent Peillon, ni Manuel Valls ou François de Rugy ne sont en phase sur la façon d’adapter la solidarité dans cette société bousculée et malade du chômage. »

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Mais sur ce sujet, Laurent Joffrin remet les pendules à l’heure. Car si les candidats qui s’affrontaient jeudi ont eu le mérite de discuter du sujet, les termes du débat étaient mal posés, selon lui. « Inénarrable gauche française… La voilà lancée dans un débat acerbe sur le « revenu de base », agitant symboles et arguments à l’emporte-pièce, sans tenir compte des discussions qui ont eu lieu depuis au moins trente ans dans plusieurs pays. Le « revenu de base » a d’abord un fondement philosophique et moral : dans les sociétés riches, il est insupportable qu’une partie des citoyens, quelle qu’en soit la raison, vive avec un revenu de misère. L’utopie concrète est bien celle-là : comme membre de la communauté humaine, comme usufruitier de la planète, tout citoyen a le droit de vivre avec des moyens décents. Limités, modestes, mais décents. Telle est la perspective ouverte par le revenu de base, seulement esquissée avec des institutions comme le RSA ou le smic.

Certains lui opposent le grand péché idéologique : certains libéraux parlent eux aussi du revenu de base. Vade retro ! On oublie de préciser que le projet libéral, proposé à l’origine par Milton Friedman, table sur une privatisation générale du social, et n’a donc pour l’essentiel rien à voir avec les propositions discutées à gauche. D’autres parlent de résignation au chômage, ou bien des surfeurs de Biarritz qu’on subventionnerait à ne rien faire ; d’autres encore de ces femmes qu’on voudrait renvoyer à la maison. » Un débat caricatural, en un mot.

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Querelle d’ego sur fond d’échec annoncé

Selon Le Monde – dans un éditorial écrit avant le débat –, cette primaire reste essentiellement une question de personnes. Une lutte entre des candidats « affaiblis et divisés. Affaiblis parce que les principaux protagonistes – Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Vincent Peillon – ont été associés à l’exercice du pouvoir depuis cinq ans et sont tous comptables du bilan de François Hollande. Ils s’en défendront avec plus ou moins de bonne foi, mais ils portent comme une croix ces cinq années de désillusion, de déception et de discrédit. Ils sont, en outre, divisés par des rivalités personnelles sans fond et sans fin qui donnent à leur compétition les allures d’un combat de coqs et laissent mal augurer de leur rassemblement final derrière le vainqueur de la primaire. »

Quant à Christophe Bonnefoy, il juge dans Le Journal de la Haute-Marne que l’exercice de la primaire est quasi impossible en raison de la déliquescence du PS. « C’est en effet sur la base d’échecs successifs, dont certains des sept candidats ont été acteurs, qu’ont été développés les arguments. Pas simple. D’autant moins facile que deux hommes ont, eux, déjà compris à quel point le PS était malade et savent en profiter. Jean-Luc Mélenchon a le vent en poupe. Tout comme Emmanuel Macron, qui de plus en plus, pense qu’il peut créer la surprise en avril. Autant dire que les deux prochains débats devront être d’une tout autre teneur. En tout cas si le vainqueur de la primaire veut envisager devenir celui de la présidentielle. »

Pourquoi Manuel Valls a annulé son déplacement à Rennes

« Mais quel cirque ! Quel cirque ! » Ce cacique socialiste d’Ille-et-Vilaine n’en croit toujours pas ses yeux. Quelques jours après un article du Point évoquant les craintes de troubles à l’ordre public en marge du meeting de Manuel Valls prévu à Rennes lundi 16 janvier, voilà que l’intéressé annule son déplacement. Motif officiellement invoqué : le ministre de la Défense et président de la région Jean-Yves Le Drian – soutien de poids du candidat – ne peut être présent, pris « par des obligations ministérielles ». Officieusement, le camp Valls cherchait une porte de sortie, avec l’aide du Breton.

Le meeting de #Valls à #Rennes est annulé. Motif : J.Y #LeDrian ne pourra être présent… (comité de soutien) #PrimaireGauchepic.twitter.com/PUzyBtG3eb

— Olivier Pérou (@OlivierPerou) 10 janvier 2017

Une « farine party »

Pour Manuel Valls, les mauvaises nouvelles s’enchaînent. La séquence a commencé à Liévin dans le Pas-de-Calais le 8 janvier, où il a tenu un meeting dans une salle à moitié vide. Deux jours plus tard, 300 personnes seulement viennent écouter le prétendant à l’investiture socialiste à Clermont-Ferrand, là où Emmanuel Macron rassemblait 2 500 personnes soixante-douze heures plus tôt. La réunion publique qui devait se tenir à Rennes, elle, n’augurait rien de bon. Bastion de la gauche depuis quarante ans, la ville est d’autant plus symbolique qu’elle est un piège pour Manuel Valls particulièrement. Haut lieu des contestations contre la loi travail il y a huit mois, syndicalistes locaux et étudiants lui préparaient un accueil mouvementé. Force ouvrière (FO) lançait un appel à manifester et des milliers de personnes promettaient sur Facebook de venir organiser une « farine party », en référence à l’enfarinage de Manuel Valls à Strasbourg le 22 décembre. « Il ne pouvait se permettre de tenir un meeting avec si peu de monde dans la salle et, à l’extérieur, 1 000 personnes qui hurlent contre lui. S’il n’annulait pas, il aurait fallu encadrer le centre-ville rennais avec des dizaines et des dizaines de CRS. Triste image pour un candidat de la gauche dans une ville de gauche », observe un socialiste rennais partisan de Manuel Valls.

Porte de sortie

Selon nos informations, les mobilisations anti-Valls à Rennes inquiétaient l’équipe du candidat, qui cherchait « une porte de sortie ». Et c’est Jean-Yves Le Drian qui va lui trouver. Pris par des « obligations ministérielles », le locataire de l’hôtel de Brienne ne pourra faire le déplacement à Rennes. « Il aurait été en retard au meeting, ce qui aurait été mal interprété », glisse l’entourage du ministre qui en a informé Manuel Valls au téléphone il y a quelques jours. Le ministre de la Défense participera en effet ce jour-là à Paris à une rencontre entre les chefs d’état-major de la coalition internationale contre Daech. Un rendez-vous de dernière minute qui arrange également les affaires de Jean-Yves Le Drian, lui qui hésitait à prendre la parole au meeting. Ses proches le poussaient à « lever le pied » sur son soutien au candidat « vu la tournure que prend sa campagne pour la primaire ». « Nous n’avons pas très envie de prendre des risques », fait savoir au Point un proche de Le Drian. D’autant qu’il se prépare à reprendre à plein temps les commandes de la région dans quelques mois.

L’ultime explication se trouverait du côté de l’Élysée. Selon le journaliste du Télégramme Hubert Coudurier, François Hollande ne digère toujours pas la défection de son fidèle compagnon Jean-Yves Le Drian. En décembre, le pensionnaire de la Défense évoquait sur Europe 1 une candidature – alors hypothétique – de Manuel Valls pour 2017. Le ministre et François Hollande auraient alors eu une explication houleuse. Depuis, Manuel Valls et François Hollande – qui ne se parlent plu– tenteraient de s’arracher Jean-Yves Le Drian. Et si l’annulation du meeting par Manuel Valls avait pour objectif de ne pas trop froisser Jean-Yves Le Drian ?